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Paul Riveaux : l’EIC nous porte désormais vers le futur.

Éclairage Par Paul Riveaux, le 04/09/2026


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rente-six années passées au cœur de l’Ensemble intercontemporain donnent un point de vue privilégié sur son histoire et ses transformations. Bassoniste à l’EIC depuis 1990, Paul Riveaux en a connu les grandes tournées, les rencontres marquantes et les évolutions musicales. À quelques mois de son départ, il se retourne sur le chemin parcouru mais regarde surtout vers l’avenir, convaincu que la musique contemporaine – ou plutôt « contempo-reine », comme il aime à la nommer – a encore de beaux jours devant elle.

Arrivé à l’Ensemble intercontemporain en 1990, voilà 36 ans, je me souviens que Pierre Boulez nous faisait alors beaucoup travailler, spécialement les « classiques du XXème » comme Stravinsky, la deuxième École de Vienne (Berg, Schoenberg, Webern), Messiaen bien sûr, et ses propres œuvres comme Répons (avec de passionnantes mais interminables séances dans l’antre souterraine de l’Ircam !), …explosante-fixe… ou Dérive, mais aussi Donatoni, Berio, Ligeti, Carter, Kurtag (ils étaient alors tous bien vivants), sans oublier les jeunes de l’époque : Manoury, Dalbavie, Grisey et tant d’autres !
Nous faisions beaucoup de tournées internationales dans des salles mythiques : Carnegie Hall à New York, la Scala de Milan, la Philharmonie de Berlin, le Concertgebouw d’Amsterdam, South Bank Center de Londres, sans oublier Tokyo, Séoul, Rio de Janeiro, São Paulo… Nous jouions aussi avec de grands solistes comme Barenboim, Gidon Kremer, Mitsuko Uchida, Anne-Sophie Mutter, Zoltan Kocsis, Miklos Perenyi…
Et le succès était toujours au rendez-vous, si bien qu’il nous arrivait de craindre que, après Boulez, l’avenir de l’EIC n’était pas forcément garanti. Qu’allions-nous devenir sans lui ?
Pourtant, au fil des années, et grâce au travail de nos directeurs musicaux successifs (Peter Eötvös, David Robertson, Jonathan Nott, Susanna Mälkki, Matthias Pintscher et aujourd’hui Pierre Bleuse) et à la diversité musicale que chacun d’eux a apportée et défendue, on voit que le public est toujours là, fidèle et enthousiaste, assoiffé de (re)découvertes, conscient de la richesse infinie de cette « musique contemporaine » ! L’imaginaire des compositeurs est sans fin, et notre public en redemande : des univers musicaux étranges, poétiques, inouïs, fantastiques, telluriques, terrifiants, cosmiques, fascinants, ou profondément apaisants, hypnotiques, méditatifs…

Pour moi, le niveau technique et musical des équipes de l’EIC est aujourd’hui à son apogée. L’Ensemble entre dans son âge mûr, et nous porte désormais vers le futur. Je ne doute pas une seconde qu’il continuera longtemps à exprimer la marche de notre monde. Car cette musique que je qualifierais de « contempo-reine » est depuis toujours l’expression de son époque : Bach, Mozart, Brahms, Ravel, Stravinsky, Prokofiev étaient autant des compositeurs de leurs temps que ceux de 2026.
Alors que je m’apprête dans quelques mois à quitter l’EIC, je lui souhaite une longue et belle vie ! On en reparlera en 2076.

 

Photos (de haut en bas) : © Franck Ferville / © Luc Hossepied pour l’Ensemble intercontemporain