Lucas Ounissi : le trombone à l’ère de l’électronique
Éclairage
À l’Ircam, le trombone devient un terrain d’expérimentation où se rencontrent écriture, improvisation et électronique en temps réel. Avec Rootlines de Marta Haladzhun et What Comes Out of Your Mouth de Donghyuk Lee, Lucas Ounissi explore deux visions radicalement différentes de l’instrument. Deux œuvres contrastées issues de l’Académie ManiFeste, à découvrir le samedi 27 juin à l’Ircam.
Quand on m’a envoyé il y a quelques mois des enregistrements d’une soixantaine de compositeurs et compositrices, deux personnalités se sont immédiatement distinguées à mes oreilles : Marta Haladzhun et Donghyuk Lee. Leur sélection pour l’Académie ManiFeste s’est alors imposée comme une évidence et nous leur avons proposé d’écrire une pièce pour trombone et électronique. J’ai pu échanger individuellement avec Marta et Donghyuk afin de leur présenter plus en détail mon instrument, ses modes de jeu étendus, mais aussi ce que j’aime.
Pendant les deux semaines de l’Académie, nous nous sommes retrouvés à trois reprises dans les studios de l’Ircam, sans compter la générale et le concert. Les premières séances ont été consacrées à des prises de sons, à des essais de traitements en temps réel et à toutes sortes d’expérimentations. Marta et Donghyuk ont ensuite avancé de leur côté sur la partie électronique, si bien que notre troisième rencontre a surtout servi à régler les derniers détails.

Ce qui me plaît particulièrement, c’est que les deux pièces sont très différentes tout en étant, à mes yeux, également réussies. Celle de Marta Haladzhun, Rootlines, est une œuvre très conceptuelle dont l’écriture s’éloigne beaucoup de celle d’une partition traditionnelle. Elle se compose de neuf blocs de quinze secondes à un peu plus d’une minute, chacun accompagné d’une consigne de jeu : tenir une note grave en faisant émerger certaines harmoniques, improviser à partir de quelques modes de jeu sur des dynamiques définies, construire un très long crescendo puis un decrescendo … À cela s’ajoutent des traitements en temps réel et une électronique particulièrement vivante. Pour moi, c’est un vrai défi, car la pièce fait appel à des techniques assez rares, mais passionnantes à explorer.
À l’inverse, What Comes Out of Your Mouth de Donghyuk Lee est une pièce très écrite. Ici, aucune place pour l’improvisation : je dois suivre un clic en permanence afin de rester parfaitement synchronisé avec les traitements en temps réel et les différents événements de l’électronique. La relation entre le trombone et l’électronique est d’une précision redoutable. La partie instrumentale est elle aussi très contrastée, alternant passages lyriques et moments beaucoup plus secs, incisifs et rythmiques.
Finalement, ces deux œuvres sont presque aux antipodes l’une de l’autre mais elles ont un point commun : elles ne laissent pas indifférent. Qu’on aime ou non, il est difficile d’y rester insensible !
Photos : © EIC
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