Les « Précipitations » de Tobias Feierabend
Éclairage
Comment composer aujourd’hui pour la flûte seule après tant de chefs-d’œuvre du répertoire ? Avec Précipitations, Tobias Feierabend relève le défi en imaginant pour Emmanuelle Ophèle une pièce aussi physique qu’intensément théâtrale. Une traversée en quatre scènes à découvrir le 5 juin à la Philharmonie de Paris.
Mes Précipitations pour flûte sont le fruit d’un travail de longue haleine avec Emmanuelle Ophèle, à qui elles sont dédiées. Musicienne au sens le plus fort du terme, elle a su bâtir avec moi, entre patience et ardeur, accueillir le doute, suggérer et proposer, jusqu’à obtenir une partition taillée sur mesure.
Écrire pour la flûte seule est aujourd’hui une gageure. C’est un instrument que j’aime et que je trouve puissamment évocateur et versatile, mais qui est aussi chargé de répertoires incommensurables, passés et présents. De fait, ma partition doit autant à Claude Debussy, à Salvatore Sciarrino, à Klaus Huber et à György Kurtág, qu’à Jethro Tull, aux ornements de musiciens mandingues et aux rythmiques de flûtistes-beatboxers glanées ici et là sur Internet…
Pourtant, plus que jamais en écrivant pour Emmanuelle Ophèle, il m’a semblé que quelque chose se jouerait en deçà des notes, ou peut-être au-delà. Quelque chose de plus essentiel. Une théâtralité. L’enjeu ne serait pas de trouver une forme à cette pièce, mais bien une dramaturgie. L’interprète ne serait ni tout à fait un personnage, ni une simple instrumentiste – une protagoniste. Pas de texte dans cette musique, ni de sous-texte, ni de prétexte, mais l’intégralité de son corps nous engagerait dans une sorte de traversée, dans une trame – une action.
Si les quatre mouvements qui s’enchaînent dans cette partition peuvent donc s’imaginer comme autant de scènes, la première nous projette d’emblée au bord d’un précipice. Haletante, fébrile, la flûtiste s’efforce de contenir une musique dont les volutes (drôlement impressionnistes) risquent à tout moment de l’entraîner dans leur chute.
Photo : source henry-lemoine.com
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