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Alain Billard : Les solistes de l’EIC sont des passeurs de savoir.

Éclairage Par Alain Billard, le 27/10/2026

Entré à l’Ensemble intercontemporain il y a trente ans, le clarinettiste Alain Billard revient sur cette aventure musicale et humaine qui fête ses cinquante ans en cette saison 2026-27. Une histoire dans laquelle la transmission des savoirs et l’invention de nouveaux langages contribuent, jour après jour, à écrire celle de la musique.

Lorsque je suis entré à l’Ensemble intercontemporain en septembre 1995, au poste de clarinette basse solo (pouvant jouer toutes les autres clarinettes), la Cité de la Musique venait d’être inaugurée, neuf petits mois auparavant. Depuis, ce lieu est devenu la demeure et le lieu d’expression de l’Ensemble et nous sommes aujourd’hui un département de la Cité de la Musique-Philharmonie de Paris, parachevant le rêve de notre fondateur Pierre Boulez.

Les solistes de l’EIC sont des passeurs de savoir et des puits de connaissances. Au sein de notre pupitre de clarinette, l’écart d’exactement 10 ans qui me sépare de Jérôme Comte, et qui sépare également Jérôme de Martin Adámek a permis une transmission de générations en générations. Nous sommes de simples maillons d’une chaîne qui lie nos prédécesseurs Guy Arnaud, Michel Arrignon, Alain Damiens, André Troutet, à nos successeurs.

Une partition nouvelle est une suite de nouveaux signes et d’indications couchées sur le papier, selon un langage particulier et souvent très spécifique. Elle est le point de départ d’un processus formidable de transmutation du monde de l’écrit vers la réalité vibratoire de l’espace traversé par les sons acoustiques. Mais cela exige une certaine science de l’interprétation. Les techniques instrumentales nécessaires sont souvent nouvelles, inventées spontanément ou par essais et erreurs par le compositeur ou la compositrice, en binôme avec l’interprète soliste.

 

 

Bien souvent, ce sont des savoirs que l’on a appris de nos collègues. Ce qui change aujourd’hui, c’est que les créatrices et créateurs de ces œuvres ont un accès libre à tout ce laboratoire de recherche qu’est l’EIC depuis cinquante ans, avec des supports d’enregistrements audios, vidéos ou radiophoniques ainsi qu’un nouvel outil, le nouveau et formidable site « Modes de jeu contemporains  ». L’une de nos missions au sein de l’Ensemble est de faire en sorte que tous les solistes parviennent à s’approprier ce savoir, de le transmettre et de travailler sans relâche à faire évoluer le monde de la musique.

Ce que nous jouons, nous le désignons souvent aujourd’hui du terme « musique contemporaine ». Il fut un temps, on parlait « d’avant-garde ». En vérité, nous créons la musique d’aujourd’hui, qui façonne déjà le paysage musical de demain.
Fort de mes trente saisons intercontemporaines bien remplies, et de toutes ces rencontres privilégiées dans le monde, dans les territoires les plus proches comme les plus reculés, je m’aperçois que nous entrons de facto dans l’Histoire de la musique. J’adresse cinquante mercis à chacune des personnes qui ont participé, de près ou de loin, à cette magnifique aventure qu’est l’Ensemble intercontemporain.

Propos recueillis par Jérémie Szpirglas

 

Photos (de haut en bas) : © Franck Ferville / © Quentin Chevrier