Hae-Sun Kang : 50 ans d’évolution !
Éclairage
Cinquante ans de création, ce sont aussi cinquante ans de transformations dans notre manière d’écouter, de jouer et d’aborder la musique contemporaine. La violoniste Hae-Sun Kang, soliste à l’EIC depuis 1994, en témoigne à travers son propre parcours et le regard qu’elle porte aujourd’hui sur les nouvelles générations.
Depuis la fondation de l’Ensemble intercontemporain par Pierre Boulez en 1976, tout a évolué : la musique, l’écriture, le style, le monde qui nous entoure. Certains classiques ont émergé, qui tiendront toujours.
Les musiciens aussi ont changé. Je le vois notamment au travers de mes jeunes élèves : j’enseigne auprès de trois générations de musiciens, et ceux qui ont aujourd’hui entre 15 et 20 ans font preuve d’une ouverture d’esprit absolument remarquable. Pour eux, jouer la musique contemporaine est totalement normal — ce qui n’était pas le cas voilà encore 10 ans. En même temps, ils s’interrogent : qu’est-ce véritablement que la musique contemporaine ? Quelles sont ses sonorités ? Sont-ce aussi celles des musiques dites « actuelles » ? Celles des platinistes, comme Mariam Rezaei, avec laquelle nous avons joué le 19 septembre dernier ?
Dans 10 ans, la musique contemporaine sera autre chose encore. Je me souviens qu’à mes débuts, la première fois qu’on m’a demandé de jouer la musique d’Helmut Lachenmann, j’ai franchement détesté. Tout ce bruit !
Jusqu’à ce que nous ayons, avec le quatuor à cordes issu de l’Ensemble intercontemporain, l’opportunité d’aller travailler chez lui. Nous nous sommes retrouvés tous les quatre dans son chalet en Italie : il y avait là Jeanne-Marie Conquer, Christophe Desjardins, Jean-Guihen Queyras et moi. C’est là que j’ai vraiment découvert sa musique. Là que je me suis rendue compte que tout était pensé, tout avait été expérimenté, pesé, millimétré. Avec une grâce infinie, il a pris le temps de nous montrer précisément toutes les techniques, tous les modes de jeu.
Je me souviens qu’il nous a dit qu’il n’était pas forcément nécessaire de prendre un « bon » instrument pour jouer sa musique. En revanche, il fallait poser les poser les doigts à des endroits très précis sur l’instrument pour produire le son recherché. Faire exactement ce qui était demandé. C’est là qu’est née mon admiration sans borne pour l’homme et sa musique. Si on fait exactement ce qu’il a écrit, c’est merveilleux.
Photo © Franck Ferville
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