Afficher le menu

Unsuk Chin : « Concerto pour piano »

Éclairage Par Jéremie Szpirglas, le 06/10/2026


A
vec son Concerto pour piano, au programme du concert du 23 octobre à la Philharmonie de Paris, Unsuk Chin célèbre un instrument qui accompagne son parcours depuis l’enfance. Une œuvre virtuose et foisonnante, qui puise dans plusieurs siècles de répertoire pour mieux en réinventer les possibles.

C’est par le piano qu’Unsuk Chin est entrée en musique, comme on entre en religion – quasi littéralement puisque, son père étant pasteur d’une église presbytérienne, elle doit accompagner au piano les hymnes chantés par les fidèles, dès l’âge de 8 ans. « Pour moi, se souvient-elle, c’était comme un exercice d’harmonie. Parfois, quand l’assemblée s’enthousiasmait, elle chantait plus haut et je devais transposer un demi ton au-dessus – ou en dessous, c’est selon. » De là, sa formation musicale première se fait sur le tas, sans cadre formel – la famille n’a pas les moyens de payer un professeur.

Quand, à l’âge de 11 ou 12 ans, elle décide de devenir compositrice, le piano reste sa fenêtre sur le répertoire. « J’ai tout appris toute seule. J’écoutais de la musique tous les jours, de la musique classique occidentale, je jouais du piano et j’étudiais des partitions par dizaines. Acheter des enregistrements et des partitions était alors un luxe très dispendieux. J’empruntais aussi à d’autres, et les copiais — même des symphonies, en entier. »

Aussi quand, en 1996, elle reçoit de la part du BBC National Orchestra of Wales la commande d’un Concerto pour piano, elle l’imagine comme un panégyrique au répertoire de l’instrument – de Scarlatti aux modernes. « Je voulais particulièrement mettre en lumière les qualités telles que la vitalité, l’énergie motrice et la virtuosité de l’instrument – sa dimension ludique en somme. Une exception cependant : la partie de piano ne porte aucune trace de la tradition romantique, où, pendant les brillants passages solistes, l’orchestre est relégué à un simple rôle d’accompagnement. Ici, toutes les parties d’orchestre jouent un rôle important. »

En revanche, la forme du Concerto ne doit rien aux canons classiques : chacun de ses quatre mouvements présentent des caractères tranchés, mais aucun n’a de structure prédéterminée. « Chaque mouvement se développe spontanément à partir d’une cellule, laquelle engendre, au moyen de règles simples des résultats imprévisibles et d’une grande complexité. »
En résulte une œuvre contrastée, qui offre au soliste tout loisir de démontrer sa virtuosité et d’explorer toutes les sonorités de son instrument – et même de donner à l’occasion le sentiment d’improviser.

 

Photo © Rui Camilo