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Hugues Dufourt : « La Horde d’après Max Ernst ».

Éclairage Par Hugues Dufourt, le 13/05/2026

Fasciné par l’univers halluciné et tourmenté de Max Ernst, Hugues Dufourt transpose musicalement les saisissantes visions du peintre allemand, mais aussi sa manière de travailler la matière, par le frottage, le grattage et l’accident. Une véritable plongée dans une musique de textures et de métamorphoses, où les frontières entre timbre, bruit et geste instrumental semblent sans cesse se déplacer. Créée en 2022 pendant le Festival Présences de Radio France, La Horde d’après Max Ernst est au programme du concert du 21 mai à la Philharmonie de Paris.
 
La Horde est le titre d’une série de compositions picturales que Max Ernst réalisa en 1927 et dont l’une des toiles figure au Stedelijk Museum d’Amsterdam. D’une violence extrême, La Horde montre l’irruption de silhouettes hagardes, hérissées, véhémentes, prêtes à passer à l’acte. Cette série, qui tient du manifeste, rejette en bloc l’imagerie optimiste de l’art.
Max Ernst fut un soldat de la Grande Guerre – une expérience qui le poursuivra sa vie durant. Ses paysages découvrent des forêts calcinées, des villes mortes, des plages désertes, une étendue sans fin de marécages et de mousses où règnent les oiseaux et les fleurs carnivores. À l’aide de procédés automatiques – le frottage et le grattage – Ernst illustre les grincements de la création, ses ratés, l’effacement des ordres et le triomphe de la métamorphose.
La recherche instrumentale s’étend aujourd’hui aux techniques de frottage et de grattage. Ces sons forcés, nasillards et diffractés changent les normes de la production sonore, exigent des notations différentes et sortent des registres expressifs communément reçus. Le dispositif sonore s’ouvre ainsi, suivant l’expression d’André Breton, à un registre « d’affinités nouvelles ».
Comme jadis en peinture le rôle de la texture est devenu primordial en musique. L’écriture aujourd’hui se résout en un réseau complexe de nervures. La présente partition entreprend d’intégrer le geste instrumental aux paramètres de la composition. Le langage musical est donc voué à se frayer une voie paradoxale entre le son et le bruit.

Photo : source francemusique.fr