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Joanne Evans : « Into the Little Hill est une œuvre qui semble écrite pour vous. »

Entretien Par Jéremie Szpirglas, le 25/06/2026

Après une première interprétation remarquée d’Into the Little Hill de George Benjamin en avril dernier à Tokyo, la mezzo-soprano britannique Joanne Evans se plongera à nouveau dans cet opéra de chambre en forme de conte intemporel, le 27 juillet au Festival Messiaen au Pays de la Meije. Entre théâtre, métamorphoses vocales et dialogue permanent avec sa partenaire de scène Jenny Daviet, elle revient sur une œuvre qui l’a immédiatement conquise.

Joanne, comment en êtes-vous venue à vous intéresser à l’univers musical contemporain ?
Cela s’est fait par un heureux hasard. En parallèle de mes études vocales classiques, j’ai travaillé plusieurs années en tant que chanteuse pop. La combinaison des deux m’a semblée idéale pour aborder l’univers de la musique classique contemporaine : j’adore explorer des modes vocaux moins traditionnels afin d’exaucer les vœux d’un compositeur, et j’adore l’infini des possibilités, inhérent à l’interprétation de la nouvelle musique.

Vous reprenez bientôt Into the Little Hill, pour deux concerts, dont un sous la direction du compositeur.
Lorsque je l’ai chanté en avril dernier à Tokyo, c’était ma première fois, et ce fut une expérience fantastique. Il est si rare de découvrir une pièce de musique qui semble écrite sur mesure pour votre instrument et votre sensibilité. Cela inclut le livret, qui est tout simplement brillant ! Martin Crimp et George Benjamin revisitent le conte du Joueur de Flûte de Hamelin pour illustrer le pouvoir si ancien de la musique, et livrent au passage un commentaire autour de thèmes politiques très contemporains. Et ce sans pontifier ni prendre le public de haut : c’est de l’art à l’état pur, sublime.

Dans Into the Little Hill, il n’y a que deux chanteuses, mais qui incarnent chacune plusieurs rôles. Comment aborder ce transformisme vocal ? Et comment l’avez-vous travaillé avec la soprano Jenny Daviet, avec laquelle vous partagez l’affiche ?
Concernant le transformisme vocal, nous devons remercier George Benjamin, qui nous a bien facilité le travail – toutes les couleurs et intentions musicales ou psychologiques sont indiquées sur la partition. Nous n’avons qu’à nous prendre au jeu des indices qu’il y a semé. Quant à Jenny, elle est fantastique. Cette pièce instaure un dialogue inlassable entre nous, comme un jeu de ping-pong artistique. Je crois que nous sommes constamment en train de nous nourrir l’une l’autre pour tirer toujours plus d’expressivité de ces personnages à mesure qu’ils se dévoilent.
Le défi est d’autant plus grand que la pièce dure quarante minutes : c’est long quand on doit rester concentrées au niveau exigé par cette pièce. Se synchroniser avec l’autre chanteuse, le chef et l’ensemble exige une communion intense. C’est une expérience exaltante au plus haut point.

 

Photos : 1 © Joanne Evans / 2 : © Vincent Beaume