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Cristina Branco : ouvrir le fado à d’autres influences.

Entretien By Jéremie Szpirglas, le 08/06/2026

Quand le fado rencontre la création contemporaine, les frontières s’estompent. Avec Fado errático, le compositeur italien Stefano Gervasoni invitait en 2015 la grande voix du fado portugais, Cristina Branco, à explorer un territoire inédit, entre tradition et écriture musicale d’aujourd’hui. Plus de dix ans après la création de l’œuvre, au programme du concert du 20 juin au Centquatre, la chanteuse revient sur cette aventure hors normes.

Cristina, quel regard portez-vous sur la musique dite « contemporaine » ?
Je crois qu’il existe pour cette musique dite « contemporaine » une définition : autant que je puisse comprendre, cela suppose la construction d’un certain chaos, qui va au-delà de la tradition musicale classique. Ce que j’en connais, c’est un environnement très riche, propice à l’expérimentation, toujours en quête de nouveaux sons, et faisant appel à de nouveaux outils technologiques. Comme j’ai pu en faire l’expérience, c’est aussi une musique qui transcende les frontières entre les genres.

Comment avez-vous réagi lorsque Stefano Gervasoni vous a proposé le projet ?
J’ai aussitôt pensé que c’était un défi fabuleux, mais ma première réaction a été, clairement, la panique. Quand celle-ci a passé, je me suis rendu compte que ce projet supposait que je reste « dans ma branche ». Je l’ai donc pris comme une expérience, une opportunité d’apprendre et d’ouvrir le fado à d’autres influences. Il y a eu un avant et un après mon travail avec Stefano Gervasoni. Je ne lis pas la musique, j’ai donc dû tout apprendre par cœur, mais ça s’est passé sans heurt.

Quelle part occupe véritablement le fado dans Fado errático ? Et dans quelle mesure votre fado y trouve-t-il sa place ?
La partie vocale tombe entièrement dans la catégorie fado, c’est lui qui guide le discours. Dans les premiers temps du moins, les propositions de Stefano tournaient principalement autour des interprétations personnelles d’Amália Rodrigues. Au fil du travail et des diverses améliorations, j’ai été en mesure d’y apporter davantage de moi-même, principalement parce que j’avais le sentiment que cela conférerait une certaine chaleur. J’ai besoin d’authenticité et, manifestement, il m’est difficile de la contrefaire ! La différence avec ce que je chante habituellement réside principalement dans l’interrelation entre la musique et la technologie : le rendu et le mixage des sons rendent cette pièce réellement unique et inoubliable.

Fado errático a été créée voilà plus de dix ans : quel est votre sentiment à propos de cette pièce, à présent que du temps a passé ?
Ce fut une expérience complètement extravagante ! Ces dix années sont passées si vite, et la technologie telle qu’elle existe aujourd’hui était inimaginable à l’époque. Elle prend une place gigantesque dans nos vies et rien n’indique un ralentissement du processus. Il n’en demeure pas moins que la spontanéité ne peut pour l’instant pas nous être volée, à nous autres êtres humains. L’authenticité, particulièrement, est une qualité qu’aucune technologie ne peut reproduire : seule la spontanéité de la création humaine en est capable.

écouter un extrait de Fado errático, enregistré pendant le festival ManiFeste en 2015. 

 

Photo © Augusto Brázio