Un programme à l’image de György Kurtág.
Éclairage
Pour célébrer le centenaire de György Kurtág, les solistes de l’Ensemble intercontemporain ont imaginé un premier programme tout en résonance, fidèle à son art du lien et de la miniature. Un hommage vivant, nourri de filiations hongroises et de regards croisés, donné le 19 février à la Philharmonie de Paris.
Voilà bien longtemps que, avec mes collègues solistes, nous travaillons la musique de György Kurtág, souvent avec Kurtág lui-même. Aussi, pour fêter son centenaire comme il se doit, nous avons imaginé un programme à son image, et à l’image de ceux que lui-aime concevoir. C’est-à-dire un programme qui, en enchaînant les œuvres sans interruption, les fait entrer en résonance les unes avec les autres.
L’intérêt que notre percussionniste Aurélien Gignoux porte au cymbalum nous a en outre ouvert tout un horizon : celui de la filiation hongroise de Kurtág. C’est pourquoi sa musique dialoguera avec celles de ses aînés Béla Bartók, Zoltán Kodaly (avec lesquels, au-delà des racines musicales, il partage une certaine conception de la pédagogie), Sándor Veress (son professeur de composition) et même Franz Liszt mais aussi György Ligeti, son condisciple à Budapest, avec lequel il a franchi le rideau de fer et dont il restera toujours très proche, bien que leurs musiques soient très différentes.
Pour sa propre musique ou lorsqu’il interprète celle des autres, Kurtág aime présenter les œuvres sous plusieurs visages, arrangées ou non, comme vues sous différents angles. C’est ainsi que nous avons sollicité le compositeur catalan Joan Magrane pour transcrire deux des Klavierstuck S.192 de Liszt pour clarinette, alto et cymbalum. Nous avons aussi imaginé nous-même une version de l’Étude XI, En Suspens, que Ligeti a dédiée à Kurtág, pour cymbalum, violoncelle et piano. Nous revisiterons également quelques-uns des 44 Duos pour violon ou des extraits du Mikrokosmos de Bartók. Et les grands corpus de Kurtág lui-même, à l’instar des Játékok ou des Jelek, játékok és üzenetek, seront évidemment un terrain d’aventure fertile.
Enfin, nous avons invité la soprano Jenny Daviet pour chanter des extraits du chef-d’œuvre que sont les Kafka-Fragmente, pour compléter cet hommage à un compositeur encore très actif !
Propos recueillis par Jérémie Szpirglas
Photo © EIC
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