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Pierre Bleuse : un été festivalier.

Éclairage By Pierre Bleuse, le 01/07/2026


E
ntre deux saisons, les festivals offrent un autre rythme, d’autres rencontres et d’autres façons de partager la musique. Pierre Bleuse présente les deux grands rendez-vous estivaux de l’Ensemble intercontemporain : d’abord au Festival Messiaen au Pays de la Meije, puis au Festival Pablo Casals de Prades.

L’été, la vie culturelle ne s’arrête pas : les festivals prennent le relais des saisons, dans un autre esprit et pas forcément avec les mêmes publics, mais dans une grande variété d’esthétique et d’ambiance. L’Ensemble intercontemporain et moi-même serons nous aussi sur la route des festivals avec deux grands rendez-vous. D’abord dans le cadre sublime du Festival Messiaen au Pays de la Meije, qui donne cette année carte blanche à notre ami George Benjamin. C’est d’ailleurs lui qui dirigera les solistes, avec Jenny Daviet (photo ci-dessous) et Joanne Evans, dans son génial opéra de chambre Into the Little Hill.

Puis, le 30 juillet, nous serons à Prades pour un festival avec lequel j’entretiens un lien très fort depuis bien longtemps. Le Festival de Prades, c’est l’un des plus anciens festivals de musique au monde ! Il est plus connu sous le nom de Festival Pablo Casals, du nom de son fondateur, qui s’est en effet installé dans ce beau village du Conflent, dans les Pyrénées Orientales, à l’issue de la Guerre Civile espagnole. Quand il arrive là en 1936, il est au sommet de sa gloire, c’est l’une des plus grandes stars de l’époque – ce qui rend d’autant plus forte sa décision de ne plus donner de concert tant que Franco sera au pouvoir. Ses amis musiciens font tout ce qu’ils peuvent pour le sortir de sa retraite. De guerre lasse, ils viennent eux-mêmes à Prades organiser une série de concerts dont les recettes sont consacrées à la réfection de la toiture de la magnifique Abbaye Saint-Michel-de-Cuxa (photo ci-dessous), qui accueille encore aujourd’hui les musiciens du festival. Après cette première édition autour de la musique de Bach, le rendez-vous se pérennise, fréquenté par les plus grands solistes de la planète : Rostropovitch, Isaac Stern… Les enregistrements live du festival ont bercé mon enfance !

Si bien que lorsque, voilà cinq ans, on est venu me proposer de reprendre la direction artistique du festival, j’ai immédiatement accepté ! La proposition me plaisait d’autant plus que je suis violoniste de formation, et j’ai fait du quatuor avant de faire le choix de la direction d’orchestre. Le Festival sortait alors exsangue de la pandémie et j’ai voulu lui donner une nouvelle impulsion, selon deux axes. Le premier concerne les jeunes : depuis plus de vingt ans, le festival se doublait d’un stage de musique, que j’ai voulu transformer. J’ai pris le parti de sélectionner chaque année, sur enregistrements, 35 jeunes talents venant du monde entier. Au lieu de payer pour participer, ces jeunes sont rémunérés et travaillent aux côtés des grands artistes invités au sein de l’orchestre du festival que je dirige, ou d’ensembles de musique de chambre avec lesquels ils se produisent. Parmi ces 35 jeunes, quelques-uns seront ensuite retenus pour donner une dizaine de concerts au printemps suivant dans des festivals partenaires – une manière de lancer leur carrière. Toujours en direction des jeunes, mais des enfants de la région cette fois, nous avons monté le Chœur d’enfants Pau Casals autour du chef de chœur Cyprien Sadek, qui interprètera l’opéra Brundibár de Hans Krása – une œuvre qui résonne profondément avec la trajectoire humaniste de Casals.

Le second axe de travail a concerné les plus grands artistes de la scène internationale, que j’ai voulu faire revenir à Prades. Cette année, pour le 150e anniversaire de la naissance de Casals, le Festival verra passer les plus grands violoncellistes du moment : Jean-Guihen Queyras, Anastasia Kobekina, Pablo Ferrández, Lisa Strauss, Sol Gabetta… Ou encore la fantasque violoncelliste cubaine Ana Carla Maza, qui inaugure une nouveauté cette année : le « Club du festival », une programmation en plein air orientée pop, avec notamment un concert du fameux chanteur Cali, régional de l’étape dont la fille est en classe de violoncelle au CNSM de Paris !

Chaque édition, je consacre un concert à la création, ce qui a permis au Festival d’accueillir à l’occasion des solistes de l’Ensemble intercontemporain. Cette année, c’est l’Ensemble tout entier qui vient ! J’ai tenu à ce que nous donnions comme création un concerto pour violoncelle bien sûr, que nous avons commandé à Arnulf Herrmann et dont Éric-Maria Couturier (photo ci-dessus) sera le soliste.


Photos (de haut bas) : Pierre Bleuse © Franck Ferville / Into the Little Hill, Festival Ravel 2023 © Mathieu Mengaillou/ Abbaye Saint-Michel-de-Cuxa – wikimedia / Éric-Maria Couturier © Amandine Lauriol