{"id":8552,"date":"2015-12-20T10:00:09","date_gmt":"2015-12-20T08:00:09","guid":{"rendered":"http:\/\/www.ensembleinter.com\/accents-online\/?p=8552"},"modified":"2015-12-20T10:00:09","modified_gmt":"2015-12-20T08:00:09","slug":"il-y-a-de-droles-de-fruits-qui-pendent-aux-arbres-un-texte-inedit-dolivia-rosenthal","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ensembleintercontemporain.com\/fr\/2015\/12\/il-y-a-de-droles-de-fruits-qui-pendent-aux-arbres-un-texte-inedit-dolivia-rosenthal\/","title":{"rendered":"Il y a de dr\u00f4les de fruits qui pendent aux arbres . Un texte in\u00e9dit d&#039;Olivia Rosenthal."},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #000080;\"><em><span style=\"font-size: large;\"><a href=\"http:\/\/www.ensembleinter.com\/accents-online\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/Rosenthal.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-8553\" alt=\"Rosenthal\" src=\"http:\/\/www.ensembleinter.com\/accents-online\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/Rosenthal.jpg\" width=\"492\" height=\"246\" srcset=\"https:\/\/www.ensembleintercontemporain.com\/content\/uploads\/2015\/12\/Rosenthal.jpg 492w, https:\/\/www.ensembleintercontemporain.com\/content\/uploads\/2015\/12\/Rosenthal-300x150.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 492px) 100vw, 492px\" \/><\/a><\/span><\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000080;\"><em><span style=\"font-size: large;\">A<\/span>pr\u00e8s Mathieu Larnaudie l\u2019an dernier, c\u2019est \u00e0 Olivia Rosenthal que nous avons donn\u00e9 carte blanche pour \u00e9crire sur la musique. Son point de d\u00e9part est aussi original qu\u2019inattendu puisqu\u2019elle a choisi d\u2019introduire son texte en commentant une chanson de Billy Holliday, <\/em>\u00ab Strange fruit \u00bb<em> sur les violences subies par les afro-am\u00e9ricains aux Etats-Unis \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1930.\u00a0Auteur de romans, de pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre et d\u2019un livret d\u2019op\u00e9ra pour Eryck Abecassis (<\/em>Safety First<em>, 2013), elle collabore r\u00e9guli\u00e8rement avec des cin\u00e9astes, des chor\u00e9graphes et des metteurs en sc\u00e8ne. En 2013, elle a cr\u00e9\u00e9 avec Lionel Ruffel un master de cr\u00e9ation litt\u00e9raire \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Paris VIII. Elle a publi\u00e9 en 2014 <\/em>M\u00e9canismes de survie en milieu hostile<em> aux \u00e9ditions Verticales.<\/em><\/span><br \/>\n<em>Southern trees bear a strange fruit<\/em>, ce sont les mots qui me viennent \u00e0 l\u2019esprit et au bout de la langue lorsque je dois m\u2019atteler \u00e0 la t\u00e2che d\u2019\u00e9crire. Je les rumine, je les m\u00e2che, je les susurre parce que la langue \u00e9trang\u00e8re est toujours plus musicale et plus sensuelle que la sienne propre. Et si j\u2019osais, ce sont ces mots-l\u00e0, interpr\u00e9t\u00e9s par Billy Holliday en 1939, que je mettrais en exergue de toutes mes lectures musicales. Ils me renvoient \u00e0 l\u2019origine de tout d\u00e9sir de chanter, de composer, d\u2019\u00e9crire, une origine faite de d\u00e9sespoir et de rage conjugu\u00e9s que la plainte de Billie Holliday porte et magnifie. Leur sonorit\u00e9, leur cadence, leur fluidit\u00e9 rugueuse sont, pour moi, une des manifestation possibles de l\u2019\u00e9nergie, de la col\u00e8re, de la m\u00e9lancolie et de l\u2019emportement qu\u2019il faut pour avoir envie de dire \u00e0 haute voix, devant un public et sur une sc\u00e8ne, des textes qu\u2019on a \u00e9crits ailleurs.<br \/>\nCes mots et cette chanson font signe en direction d\u2019une exp\u00e9rience \u00e0 la fois singuli\u00e8re et collective. Comme toujours quand il s\u2019agit d\u2019une \u0153uvre d\u2019art, ils touchent \u00e0 l\u2019intimit\u00e9 d\u2019un seul et au destin de beaucoup, c\u2019est pourquoi ils ont l\u2019ampleur et la tristesse n\u00e9cessaires pour atteindre des auditeurs multiples. <em>Southern trees bear a strange fruit<\/em> chante Billy, sa voix est sur le point de se briser mais elle r\u00e9siste, c\u2019est la f\u00ealure qu\u2019il y a \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur m\u00eame du timbre de Billy qui bouleverse, c\u2019est la faiblesse sous la force du souffle qui \u00e9meut, je ne comprends pas du tout ce qu\u2019elle dit mais cela ne m\u2019emp\u00eache pas de dire en m\u00eame temps qu\u2019elle, comme si, prises dans le d\u00e9roul\u00e9 de la partition, les phrases allaient magiquement me d\u00e9voiler leur sens, comme si, gr\u00e2ce \u00e0 la m\u00e9lodie, j\u2019allais acqu\u00e9rir d\u2019un coup, un peu comme un ap\u00f4tre le jour de la Pentec\u00f4te, le don des langues en g\u00e9n\u00e9ral et de l\u2019anglais en particulier.<br \/>\nIl y a dans la musique un horizon, une mati\u00e8re auxquels le langage seul, m\u00eame litt\u00e9raire, ne peut acc\u00e9der, un sens qui, au lieu de passer par le syst\u00e8me construit, r\u00e9gl\u00e9, et ordonn\u00e9 de la syntaxe, emprunte d\u2019autres pistes, myst\u00e9rieuses, souterraines, que la langue, quelle qu\u2019elle soit et malgr\u00e9 ses efforts, est incapable de rejoindre. A travers la musique et port\u00e9s par elle, les mots inconnus traversent \u2013 comme on traverserait l\u2019\u00e9paisseur atmosph\u00e9rique \u2013 des temps et des espaces anciens, ils font remuer en nous des sensations premi\u00e8res, ils rappellent les cris, les soupirs, les respirations qui accompagnent depuis le d\u00e9but (du moins c\u2019est ce que nous croyons) nos actions, nos mouvements, nos gestes, ils nous relient \u00e0 nos corps, ils nous aggravent, ils nous projettent dans un temps d\u2019avant les mots, temps dont nous avons \u00e9t\u00e9 en partie arrach\u00e9s en acc\u00e9dant au langage.<br \/>\n<em>Southern trees bear a strange fruit<\/em> dis-je et les sons de ces mots bizarres et incompr\u00e9hensibles s\u2019agrippent \u00e0 ma personne alors m\u00eame que j\u2019ignore en les pronon\u00e7ant et les \u00e9corchant, ce que je dis. Par l\u2019entremise de cette formule, de ce premier vers qui ouvre sur tous les autres vers de cette chanson, je m\u2019immerge dans l\u2019histoire des exactions, des crimes, des tortures, des viols et du travail forc\u00e9, par l\u2019entremise de cette voix et de cette m\u00e9lodie, je m\u2019ancre dans le sud de Etats-Unis sans le conna\u00eetre, je suis Billy, je suis une esclave noire, je suis une chanteuse qui rentre des champs, je prends racine, je r\u00e9siste en rythme \u00e0 ma disparition annonc\u00e9e, \u00e0 mon assujettissement et \u00e0 ma destruction.<br \/>\nLa musique, c\u2019est comme la litt\u00e9rature mais en pire. On est projet\u00e9 dans la voix de l\u2019autre, dans son corps et dans sa vie, on est habit\u00e9 par sa pr\u00e9sence, et quelques mots chantonn\u00e9s \u00e0 notre oreille suffisent \u00e0 cette exp\u00e9rience de r\u00e9incarnation. Tous ces refrains qu\u2019on emmagasine avant d\u2019\u00e9crire, venus d\u2019ici et d\u2019ailleurs, font clignoter en nous des histoires qui ne sont pas les n\u00f4tres, des personnes qui ne nous sont pas famili\u00e8res, ils nous aident \u00e0 les d\u00e9couvrir, \u00e0 les garder en m\u00e9moire, puis, quand le moment est venu, \u00e0 leur donner une existence \u00e9crite, \u00e0 les fictionner sans les trahir. On \u00e9crit avec des chansons et des couplets dans la t\u00eate, on les interpr\u00e8te, on les d\u00e9forme un peu, on oublie certaines notes, on n\u00e9glige certaines harmonies, on en invente d\u2019autres, on les simplifie, mais, malgr\u00e9 les m\u00e9tamorphoses qu\u2019on leur fait subir par choix ou par stricte incomp\u00e9tence musicale, on conserve en soi ces compositions (et ces compositeurs) qui savent mieux que n\u2019importe quelle litt\u00e9rature, faire \u00e9tat des multiples aventures minuscules, quotidiennes, intenses qui se font hors des mots et sont capables de frapper directement, sans filtre, n\u2019importe quel auditeur.<br \/>\nSouthern trees bear a strange fruit,<br \/>\nblood on the leaves and blood at the root,<br \/>\nblack bodies swinging in the southern breeze,<br \/>\nstrange fruit hanging from the poplar trees.<br \/>\n\u00ab Les arbres du Sud portent un fruit \u00e9trange<br \/>\nDu sang sur leurs feuilles, du sang \u00e0 leurs racines<br \/>\nDes corps noirs qui se balancent dans la brise du Sud<br \/>\nEtrange fruit pendu aux branches des peupliers. \u00bb<br \/>\nJe chante cette chanson dans un anglais incertain et b\u00e9gay\u00e9 et je me rends compte que gr\u00e2ce au timbre de Billy Holiday, aux accents de la langue am\u00e9ricaine et \u00e0 la m\u00e9lodie de cette complainte, les sons de tous ces mots \u00e9nigmatiques finissent par s\u2019insinuer en moi et faire partie de mon histoire. En les r\u00e9p\u00e9tant, je m\u2019approche de la musique, de la musique noire et de toutes les musiques, toutes les musiques sont noires, elles sont rythm\u00e9es par une r\u00e9sistance au silence, une mani\u00e8re de l\u2019occuper, de le ponctuer, de le fatiguer, elles se plient au claquement r\u00e9gulier du m\u00e9tronome pour mieux le contester, elles accentuent autrement, elles d\u00e9placent, elles r\u00e9veillent notre pass\u00e9, elles le scandent et le d\u00e9boitent, elles le malm\u00e8nent, elles le bousculent, le condensent et l\u2019\u00e9tirent. C\u2019est la raison pour laquelle j\u2019essaye quand c\u2019est possible d\u2019\u00e9crire en collaboration avec des musiciens, d\u2019\u00eatre soutenue, d\u00e9plac\u00e9e, d\u00e9rang\u00e9e, secou\u00e9e par les sons qu\u2019ils agencent. La musique m\u2019aide \u00e0 changer le statut m\u00eame de la langue, \u00e0 la rendre aux \u00e9motions, aux attitudes, aux postures qu\u2019elle feint de surplomber, \u00e0 lui insuffler une \u00e9tranget\u00e9 et une pulsation qu\u2019elle semble parfois avoir perdu. Je m\u2019approche de la litanie, du battement, de l\u2019harmonie et de la dissonance \u00e0 pas de loups, j\u2019y plonge mes phrases jusqu\u2019\u00e0 les rendre m\u00e9connaissables, c\u2019est-\u00e0-dire sensibles, et j\u2019esp\u00e8re ainsi faire vibrer et r\u00e9sonner pendant un moment l\u2019\u00e9paisseur du temps, non pour le retenir \u2013 parce que le temps de toute fa\u00e7on ne se retient pas\u2014 mais seulement, et c\u2019est d\u00e9j\u00e0 quelque chose, pour forger gr\u00e2ce \u00e0 la musique et gr\u00e2ce \u00e0 la litt\u00e9rature, un fragile instrument qui me permette provisoirement de mesurer son passage.<br \/>\nSouthern trees bear a strange fruit,<br \/>\nblood on the leaves and blood at the root,<br \/>\nblack bodies swinging in the southern breeze,<br \/>\nstrange fruit hanging from the poplar trees<br \/>\nPastoral scene of the gallant south,<br \/>\nThe bulging eyes and the twisted mouth,<br \/>\nScent of magnolias, sweet and fresh,<br \/>\nThen the sudden smell of burning flesh.<br \/>\nHere is fruit for the crows to pluck,<br \/>\nFor the rain to gather, for the wind to suck,<br \/>\nFor the sun to rot, for the trees to drop,<br \/>\nHere is a strange and bitter crop.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n\u00ab Les arbres du Sud portent un fruit \u00e9trange<br \/>\nDu sang sur leurs feuilles, du sang \u00e0 leurs racines<br \/>\nDes corps noirs qui se balancent dans la brise du Sud<br \/>\nEtrange fruit pendu aux branches des peupliers.<br \/>\nSc\u00e8ne pastorale du vaillant sud,<br \/>\nLes yeux r\u00e9vuls\u00e9s et la bouche tordue,<br \/>\nLe parfum des magnolias, doux et printanier,<br \/>\nPuis l\u2019odeur soudaine de la chair qui br\u00fble.<br \/>\nVoici un fruit que les corbeaux picorent,<br \/>\nQue la pluie fait pousser, que le vent ass\u00e8che,<br \/>\nQue le soleil fait pourrir, que l\u2019arbre fait tomber<br \/>\nVoil\u00e0 une \u00e9trange et am\u00e8re r\u00e9colte. \u00bb<br \/>\nCette chanson continue son chemin en moi, je l\u2019entends en sourdine, lancinante, lorsque j\u2019\u00e9cris le livret d\u2019un op\u00e9ra, <em>Safety First<\/em>, dont Eryck Abecassis a compos\u00e9 la musique[1]. Nous travaillons sur les shipbreakers, ces ouvriers qui, en Inde et au Bengladesh, d\u00e9mant\u00e8lent, avec des chalumeaux pour seul mat\u00e9riel, les \u00e9normes tankers et p\u00e9troliers europ\u00e9ens en fin de vie. Leur travail est harassant, dangereux, irr\u00e9guli\u00e8rement et mal r\u00e9mun\u00e9r\u00e9. Je pense \u00e0 la chanson de Billy Holliday quand j\u2019imagine le brouhaha des d\u00e9coupes, la chaleur br\u00fblante, l\u2019\u00e9puisement, la pollution, les produits toxiques, la chair humaine tortur\u00e9e et br\u00fbl\u00e9e, les p\u00e9rils d\u2019une vie. Et je me r\u00e9p\u00e8te en boucle une expression, \u00ab one for zero zero zero \u00bb, entendue dans la bouche d\u2019un acheteur de bateaux qu\u2019Eryck Abecassis a interview\u00e9 et enregistr\u00e9 sur le chantier d\u2019Along. C\u2019est avec ces mots qui d\u00e9signaient sans doute le nombre de tonnes d\u2019acier contenues dans le navire (14 0000 tonnes) et mesurait ainsi une fortune \u00e0 venir, que j\u2019\u00e9cris un des passages du livret :<br \/>\n\u00ab Je suis arriv\u00e9 l\u00e0 par hasard<br \/>\nOne four zero zero zero<br \/>\nJe n\u2019ai pas les chiffres en t\u00eate<br \/>\nOne four zero zero zero<br \/>\nJe ne gagne pas tant d\u2019argent que \u00e7a<br \/>\nOne four zero zero zero<br \/>\nC\u2019est un m\u00e9tier \u00e0 haut risque<br \/>\nOne four zero zero zero<br \/>\nJe n\u00e9gocie avec les agents<br \/>\nOne four zero zero zero<br \/>\nLes march\u00e9s sont tr\u00e8s fluctuants<br \/>\nOne four zero zero zero<br \/>\nIl faut que tout se fasse tr\u00e8s vite<br \/>\nOne four zero zero zero<br \/>\nJe dois rembourser mes emprunts<br \/>\nOne four zero zero zero<br \/>\nJe pr\u00e9f\u00e8re la marchandise allemande<br \/>\nOne four zero zero zero<br \/>\nPlus ils sont lourds, plus ils rapportent<br \/>\nOne four zero zero zero<br \/>\nJe respecte la r\u00e9glementation<br \/>\nOne four zero zero zero<br \/>\nJe prends toutes les pr\u00e9cautions n\u00e9cessaires<br \/>\nOne four zero zero zero.<br \/>\nLes chiffres flottent comme des promesses<br \/>\nentre les ouvriers et les chefs<br \/>\nles contrema\u00eetres flottent comme des promesses<br \/>\nentre les ouvriers et les chefs<br \/>\nles carcasses flottent comme des promesses<br \/>\nentre les ouvriers et les chefs<br \/>\nSafety first. \u00bb<br \/>\nEt pour d\u00e9crire la duret\u00e9 du labeur, la multiplicit\u00e9 des interm\u00e9diaires, les conditions et l\u2019organisation des t\u00e2ches, la souffrance physique, je reprends dans un autre passages du livret, comme en \u00e9cho, les m\u00eames chiffres, mais prononc\u00e9s par une autre voix. Cette fois c\u2019est le contrema\u00eetre qui parle :<br \/>\n\u00ab Je les guide sur le chantier<br \/>\nOn four zero zero zero<br \/>\nJe les envoie dans la soute<br \/>\nOne four zero zero zero<br \/>\nJe r\u00e9clame des masques de protection<br \/>\nOne four zero zero zero<br \/>\nJe ne vois rien se passer<br \/>\nOne four zero zero zero<br \/>\nJe suis oblig\u00e9 d\u2019\u00eatre tr\u00e8s strict<br \/>\nOne four zero zero zero<br \/>\nJe demande des gants et des bottes<br \/>\nOne four zero zero zero<br \/>\nJe ne vois rien se passer<br \/>\nOne four zero zero zero<br \/>\nJe les engueule pour les secouer<br \/>\nOne four zero zero zero<br \/>\nJe crois qu\u2019ils sont fatigu\u00e9s<br \/>\nOne four zero zero z\u00e9ro<br \/>\nJ\u2019ai investi pour les payer<br \/>\nOne four zero zero z\u00e9ro<br \/>\nIls ont int\u00e9r\u00eat \u00e0 se bouger<br \/>\nOne four zero zero z\u00e9ro<br \/>\nJe me rembourse sur leur travail<br \/>\nOne four zero zero z\u00e9ro<br \/>\nJe retiens trois jours de leur paie<br \/>\nOne four zero zero z\u00e9ro<br \/>\nJe ne veux pas perdre mon boulot<br \/>\nOne for zero zero zero<br \/>\nJe ne vois rien se passer<br \/>\n[\u2026]<br \/>\nL\u2019argent flotte comme une menace<br \/>\nentre les ouvriers et les chefs<br \/>\nles contrema\u00eetres flottent comme une menace<br \/>\nentre les ouvriers et les chefs<br \/>\nles carcasses flottent comme une menace<br \/>\nentre les ouvriers et les chefs<br \/>\nSafety first. \u00bb<br \/>\nEt alors je me rends compte que je n\u2019ai pas quitt\u00e9 Billy Holliday, que le \u00ab One for zero zero zero \u00bb est un \u00e9quivalent des \u00ab fruits \u00e9tranges pendus aux arbres \u00bb, que ces mots obscurs prononc\u00e9s par un marchand indien traverseront tout le livret, changeront parfois de sens, se plieront aux al\u00e9as de la phrase et aux qualit\u00e9s du locuteur, seront comme l\u2019\u00e9ternel retour d\u2019une formule mal\u00e9fique destin\u00e9e \u00e0 rappeler que, sur le chantier comme ailleurs, l\u2019obsession du rendement et du chiffre ali\u00e8ne, aveugle, mange et consume la chair humaine, la transforme en mat\u00e9riau et en moyen, de sorte que l\u2019esclavage combattu et vaincu ici peut rena\u00eetre l\u00e0, et qu\u2019il faudra encore beaucoup de chanteurs, beaucoup de compositeurs et beaucoup d\u2019\u00e9crivains pour opposer une petite r\u00e9sistance, insuffisante et n\u00e9cessaire, \u00e0 la loi du plus fort.<br \/>\n&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;<br \/>\n[1] <em>Safety first<\/em> a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 pour le festival Reims Sc\u00e8ne d\u2019Europe en novembre 2013. Le spectacle a \u00e9t\u00e9 produit par C\u00e9sar\u00e9 avec le soutien du Fonds de cr\u00e9ation lyrique, de l\u2019Adami, de la Spedidam et du GMEM-CNCM, et l\u2019aide \u00e0 la diffison Arcadi-Ile de France. Pour ce projet Eryck Abecassis a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019une aide de l\u2019Etat pour la cr\u00e9ation d\u2019une musique nouvelle et d\u2019une r\u00e9sidence Villa M\u00e9dicis \u00ab Hors les murs \u00bb. Olivia Rosenthal a re\u00e7u une aide du Centre national du th\u00e9\u00e2tre pour l\u2019\u00e9criture du livret.<br \/>\nPhoto DR<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s Mathieu Larnaudie l\u2019an dernier, c\u2019est \u00e0 Olivia Rosenthal que nous avons donn\u00e9 carte blanche pour \u00e9crire sur la musique. 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