{"id":5057,"date":"2002-09-15T10:16:23","date_gmt":"2002-09-15T08:16:23","guid":{"rendered":"http:\/\/www.ensembleinter.com\/accents-online\/?p=5057"},"modified":"2002-09-15T10:16:23","modified_gmt":"2002-09-15T08:16:23","slug":"tremplin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ensembleintercontemporain.com\/fr\/2002\/09\/tremplin\/","title":{"rendered":"Tremplin"},"content":{"rendered":"<p>La cr\u00e9ation se tient dans l\u2019instant. Le plaisir qu\u2019on retire \u00e0 l\u2019audition d\u2019une \u0153uvre nouvelle est fugace, le jugement qu\u2019on porte alors parfois lapidaire. C\u2019est ainsi depuis des si\u00e8cles, et bellement cruel. Pourtant, prendre la mesure de tout ce qui fut fait, comme on dit, en amont \u2013 bien avant que les instruments n\u2019aient \u00e9t\u00e9 rang\u00e9s dans leurs \u00e9tuis \u2013 peut fortifier le sens critique, et donc construire la jouissance.<br \/>\nLa s\u00e9rie Tremplin pr\u00e9sente les \u0153uvres de dix jeunes compositeurs, mais voudrait aussi r\u00e9v\u00e9ler le travail accompli par l\u2019un des maillons n\u00e9cessaires dans cette cha\u00eene qui favorise la cr\u00e9ation : le comit\u00e9 de lecture, \u00e9manant conjointement de l\u2019Ensemble interconmporain et de l\u2019Ircam. Celui-ci se r\u00e9unit une fois par an, examine environ trois cents dossiers, n\u2019en retient que quelques noms. \u00c0 l\u2019issue de ce comit\u00e9 (qui convoque compositeurs, chefs d\u2019orchestre, personnalit\u00e9s \u00e9minentes et musiciens de l\u2019intercontemporain), les deux institutions commandent chacune deux partitions aux compositeurs s\u00e9lectionn\u00e9s, offrent aussi \u00e0 certains la possibilit\u00e9 de suivre les stages p\u00e9dagogiques de l\u2019Ircam.<br \/>\nRien, bien entendu, ne saurait \u00eatre d\u00e9finitif, quand l\u2019\u0153il et l\u2019oreille sont aux aguets. Au cours de ces r\u00e9unions de travail (o\u00f9 l\u2019attention se concentre et o\u00f9 se dessine une vue d\u2019ensemble de la cr\u00e9ation), on d\u00e9c\u00e8le aussi de jeunes personnalit\u00e9s qu\u2019on voudrait s\u2019attacher, et l\u2019on pressent les liens qu\u2019on pourra construire avec elles dans la dur\u00e9e. Et m\u00eame certains de ceux qui furent \u00ab\u00a0jug\u00e9s\u00a0\u00bb en leur temps viendront y si\u00e9ger. Tremplin, pour le bon compagnonnage qui favorise les vrais envols et les justes sursauts.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n<span style=\"font-size: large;\"><strong>Tremplin 1 <\/strong><\/span><br \/>\n&nbsp;<br \/>\n<strong>Yan Maresz <\/strong><br \/>\n<strong><em>Sul Segno<\/em><\/strong><em>, pour harpe, cymbalum, guitare, contrebasse et \u00e9lectronique, cr\u00e9ation mondiale <\/em><br \/>\nDans les \u0153uvres de Yan Maresz, n\u00e9 en 1966, la pulsation est \u00ab\u00a0joyeusement inqui\u00e8te\u00a0\u00bb (un peu comme chez Luciano Berio) \u2013 assez inqui\u00e8te pour vouloir s\u2019affirmer et perdurer (m\u00eame quand on ne l\u2019entend plus), assez joyeuse pour d\u00e9sirer se projeter dans l\u2019espace et accepter de se dissoudre en se multipliant. Que le compositeur aime \u00e0 la conceptualiser et \u00e0 la glorifier vient sans doute de la fr\u00e9quentation assidue et intime qu\u2019il a entretenue avec le monde du jazz. Ainsi parle-t-il d\u2019une \u00ab\u00a0grille\u00a0\u00bb pour d\u00e9signer ce cadre n\u00e9cessaire \u00e0 partir duquel la fantaisie et l\u2019invention peuvent se d\u00e9ployer. Maintenant, consid\u00e9rons les titres de ses \u0153uvres. A premi\u00e8re vue, beaucoup d\u2019entre eux font r\u00e9f\u00e9rence au mouvement, \u00e0 des changements d\u2019\u00e9tat, \u00e0 des parcours. Mais \u00e0 y regarder de plus pr\u00e8s, on s\u2019aper\u00e7oit qu\u2019ils concernent peut-\u00eatre une qualit\u00e9 de cette pulsation qui permet le mouvement : <em>Eclipse<\/em>, <em>Entrelacs<\/em>, <em>Instantan\u00e9s<\/em>, <em>Mosa\u00efques<\/em>, <em>Parmi les \u00e9toiles fixes<\/em>, <em>Volubile<\/em>, <em>Zigzag Etudes<\/em>&#8230; Plus ou moins inqui\u00e8te, plus ou moins joyeuse&#8230;<br \/>\nYan Maresz a re\u00e7u une commande de l\u2019Ensemble intercontemporain, <em>Entrelacs<\/em>, \u00e0 l\u2019issue des r\u00e9unions du comit\u00e9 de lecture 1994-1995.<br \/>\nYan Maresz a fait partie du jury du comit\u00e9 de lecture de la saison 2000-2001.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n<strong>Janis Petraskevics <\/strong><br \/>\n<strong><em>Trop proche\/trop loin<\/em><\/strong><br \/>\nCommande de l\u2019Ensemble intercontemporain, cr\u00e9ation mondiale<br \/>\nLa musique de Janis Petraskevics semble \u00eatre totalement soumise aux sons (\u00e0 leurs lois, \u00e0 leurs couleurs), comme si, \u00e9trangement, toute volont\u00e9 d\u2019intervenir sur leur destin y avait \u00e9t\u00e9 ni\u00e9e, comme si le compositeur, de Sirius, contemplait son travail. (II faut un certain m\u00e9tier pour faire croire ainsi \u00e0 la d\u00e9mission et pour que cette illusion soit agr\u00e9able&#8230;). On rel\u00e8vera que cette \u00ab\u00a0soumission\u00a0\u00bb \u00e0 la mati\u00e8re peut prendre diff\u00e9rents visages et choisir alors des itin\u00e9raires contradictoires. Dans <em>Flight of the Arrow<\/em>, l\u2019opus 1 de ce jeune compositeur letton, chaque son est estim\u00e9 et pes\u00e9 (parfois presque dans la crainte de ce qui pourrait en d\u00e9couler). Il est vrai que l\u2019\u0153uvre est un monodrame, o\u00f9 la musique doit sugg\u00e9rer toute une sc\u00e8ne \u00e0 l\u2019oreille, o\u00f9 ce qui sonne et qui est dit \u00e0 peine peut devenir irr\u00e9m\u00e9diable. Dans <em>Mist&#8230;<\/em> <em>the furthest Point<\/em> (op.3) \u00e0 l\u2019inverse, la musique est tent\u00e9e par l\u2019exc\u00e8s \u2013 et souvent les quatre instruments voudraient nous persuader qu\u2019ils sont bien plus nombreux \u2013 et par la volupt\u00e9 des engendrements \u2013 les sons jouissant alors d\u2019eux-m\u00eames, comme nous excluant. A bien y regarder, tout est beau ici de sembler : <em>Trop proche\/trop loin<\/em>.<br \/>\nJanis Petraskevics a \u00e9t\u00e9 s\u00e9lectionn\u00e9 par le comit\u00e9 de lecture 2000-2001.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n<strong>Pierluigi Billone <\/strong><br \/>\n<strong><em>Legno. Intile<\/em><\/strong><em>, pour ensemble <\/em><br \/>\nCommande de l\u2019Ensemble intercontemporain, cr\u00e9ation mondiale<br \/>\nSi l\u2019on en croit le catalogue de ses \u0153uvres, Pierluigi Billone (n\u00e9 en 1960 \u00e0 Milan) aime les effectifs rares, pr\u00e9cis\u00e9ment voulus jusque dans leur \u00ab\u00a0\u00e9tranget\u00e9\u00a0\u00bb inorthodoxe, et les tessitures extr\u00eames. \u00c0 l\u2019\u00e9coute de sa musique r\u00e9cente, on entend qu\u2019il cultive l\u2019immobilit\u00e9 d\u2019un temps sans cesse ponctu\u00e9 d\u2019accidents \u2013 on pense \u00e0 l\u2019animal \u00e0 l\u2019aff\u00fbt, fix\u00e9 dans l\u2019attente infinie, et dont les yeux seuls, ou la commissure des l\u00e8vres, r\u00e9v\u00e8lent le projet carnassier et terrible. Pierluigi Billone a \u00e9tudi\u00e9 avec Helmut Lachenmann \u2013 cela s\u2019entend \u2013 qui lui a transmis une d\u00e9f\u00e9rence affectueuse envers la musique du dernier Nono. Dans ses partitions, le son instrumental (et vocal aussi) est scrut\u00e9, forc\u00e9, tritur\u00e9, et ritualis\u00e9. (Alors, tout crisse dans les frottements stridents des harmoniques entre eux, quand tout voudrait se tenir dans la rumeur.) Voici une musique qui sourd des cavernes, pas celles de nos anc\u00eatres, mais celles o\u00f9 se cachent depuis longtemps les choses qu\u2019on ne doit pas r\u00e9v\u00e9ler \u2013 depuis bien avant l\u2019Homme.<br \/>\nPierluigi Billone a re\u00e7u une commande \u00e0 l\u2019issue des r\u00e9unions du comit\u00e9 de lecture 1999-2000.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n<strong>Christophe Bertrand <\/strong><br \/>\n<strong><em>Yet <\/em><\/strong><br \/>\nCommande de l\u2019Ensemble intercontemporain<br \/>\nCe jeune compositeur \u2013 il est n\u00e9 en 1981 \u2013 est pianiste de formation. Il a fait toutes ses \u00e9tudes au Conservatoire de R\u00e9gion de Strasbourg. Elles furent couronn\u00e9es, il y a deux ans, par un dipl\u00f4me de composition d\u00e9cern\u00e9 \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9 par un jury o\u00f9 figurait entre autres Pascal Dusapin. Parmi ses ma\u00eetres : Ivan Fedele. Dans <em>Treis<\/em>, dans <em>La Chute du rouge<\/em>, deux de ses \u0153uvres \u2013 son catalogue en comprend d\u00e9j\u00e0 une huitaine, reconnues \u2013 on entend une r\u00e9elle volont\u00e9 d\u2019\u00e9crire un discours qui proc\u00e8de de la logique. Ainsi, un son unique en engendrera bien d\u2019autres dans <em>Treis<\/em>, toute une th\u00e9orie vivante, et donc d\u00e9duite \u2013 peut-\u00eatre parce qu\u2019il les contient tous d\u00e9j\u00e0. (Des exceptions ? On n\u2019en rel\u00e8ve aucune.) Ceci ne concerne pas que les sons mais aussi les styles. Dans <em>La Chute&#8230;<\/em> , leurs encha\u00eenements, dans toute leur vari\u00e9t\u00e9, semblent respecter une loi de m\u00e9thode, qui s\u2019impose naturellement bien qu\u2019elle soit inconnue et qui sait aussi louvoyer entre l\u2019abondance (quand le son est plein, d\u2019\u00eatre luxuriant) et la pauvret\u00e9 (quand il s\u2019attache \u00e0 son centre).<br \/>\nChristophe Bertrand a re\u00e7u une commande de l\u2019Ensemble Intercontemporain, \u00e0 l\u2019issue des r\u00e9unions du comit\u00e9 de lecture 2000-2001.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n<span style=\"font-size: large;\"><strong>Tremplin 2 <\/strong><\/span><br \/>\n&nbsp;<br \/>\nLe compositeur finlandais Kimmo Hakola a choisi de composer une \u0153uvre directement inspir\u00e9e de la po\u00e9tique du cin\u00e9aste Andrei Tarkovski, et plus particuli\u00e8rement de son ultime r\u00e9alisation <em>Le Sacrifice<\/em>.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n<strong>Kimmo Hakola <\/strong><br \/>\n<strong><em>Le Sacrifice<\/em><\/strong><em>, pour soprano, violon et ensemble, <\/em><br \/>\nCommande de l\u2019Ircam, cr\u00e9ation mondiale<br \/>\nN\u00e9 en 1958, Kimmo Akola a \u00e9tudi\u00e9 avec Einojuhani Rautavaara. Il est aujourd\u2019hui \u00e0 la t\u00eate d\u2019un catalogue relativement important qui comprend entre autres deux op\u00e9ras, des concertos pour piano et pour clarinette ainsi que deux quatuors \u00e0 cordes. Pour des traits de style bien pr\u00e9cis, on pourrait comparer sa musique avec celle de Wolfgang Rihm. De fait, les partitions de ce jeune compositeur finlandais sont caract\u00e9ris\u00e9es par une invention d\u2019une \u00e9tonnante vigueur. Pr\u00e9cisons ses contours. C\u2019est une invention qui trouve son aliment dans une certaine insatisfaction, dans l\u2019impossibilit\u00e9 de se fixer et d\u2019\u00e9dicter des arr\u00eats. F\u00e9brile, elle peut aussi porter un regard ironique sur elle-m\u00eame, \u00eatre malicieuse jusqu\u2019\u00e0 se nier \u2013 elle s\u2019avance alors dans les atours de la fantaisie ; par-dessus tout, c\u2019est la libert\u00e9 qui parle par sa bouche, cette libert\u00e9 vis-\u00e0-vis des vocabulaires, des syntaxes et des traditions, qui ose la convention quand le sens la r\u00e9clame et qui parvient \u00e0 d\u00e9barrasser celle-ci de ses affects nostalgiques pour lui donner les apparences du naturel.<br \/>\nKimmo Hakola a re\u00e7u une commande de l\u2019Ircam \u00e0 l\u2019issue des r\u00e9unions du comit\u00e9 de lecture 1995-1996.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n<strong>Andrei Tarkovski<\/strong><br \/>\n<strong><em>Le Sacrifice <\/em><\/strong><br \/>\n(Projection int\u00e9grale du film)<br \/>\n\u00ab\u00a0La question que je pose dans ce film est \u00e0 mon sens la plus aigu\u00eb : il s\u2019agit de l\u2019absence, dans notre culture, d\u2019un espace r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 la vie spirituelle. Nous avons \u00e9tendu l\u2019espace des biens mat\u00e9riels, nous avons d\u00e9velopp\u00e9 les exp\u00e9riences mat\u00e9rialistes sans nous rendre compte de la menace que cela faisait peser sur l\u2019homme en l\u2019amputant de sa dimension spirituelle. Il en souffre, et il ne sait pas de quoi il souffre. Il ressent un manque, une absence d\u2019harmonie, et il en recherche la cause&#8230; J\u2019ai eu envie de montrer qu\u2019on peut renouer avec la vie en restaurant l\u2019alliance avec soi-m\u00eame, en retrouvant une source spirituelle. Et pour acqu\u00e9rir cette esp\u00e8ce d\u2019autonomie morale o\u00f9 l\u2019on cesse de consid\u00e9rer uniquement les valeurs mat\u00e9rielles, o\u00f9 l\u2019on \u00e9chappe au statut d\u2019objet d\u2019exp\u00e9rimentation entre les mains de la soci\u00e9t\u00e9, une voie \u2013 parmi d\u2019autres \u2013 est la capacit\u00e9 de s\u2019offrir en sacrifice.\u00a0\u00bb (Andrei Tarkovski)<br \/>\nDans son manoir de l\u2019\u00eele de Gotland o\u00f9 il s\u2019est retir\u00e9, un vieil \u00e9crivain f\u00eate son anniversaire avec ses proches et son jeune fils, devenu muet \u00e0 la suite d\u2019une op\u00e9ration. Soudain, une forte secousse survient. La t\u00e9l\u00e9vision annonce qu\u2019un conflit nucl\u00e9aire vient de se produire. Po\u00e8me tiss\u00e9 de symboles et marqu\u00e9 d\u2019un profond mysticisme, <em>Le Sacrifice<\/em> s\u2019inscrit dans la lign\u00e9e de Dreyer et de Bergman. C\u2019est le dernier des sept films du cin\u00e9aste russe Andrei Tarkovski (n\u00e9 en 1922 \u00e0 Ivanovo, mort \u00e0 Paris en 1986), apr\u00e8s <em>L\u2019enfance d\u2019Ivan<\/em> (1962), <em>Andrei Roublev<\/em> (1967), <em>Solaris<\/em> (1972), <em>Le Miroir<\/em> (1974), <em>Stalker<\/em> (1979) et <em>Nostalghia<\/em> (1983).<br \/>\nLe Sacrifice, film franco-su\u00e9dois d\u2019Andrei Tarkovski, a obtenu le Grand Prix Sp\u00e9cial du Jury au Festival de Cannes 1986.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n<span style=\"font-size: large;\"><strong>Tremplin 3 <\/strong><\/span><br \/>\n&nbsp;<br \/>\n<strong>Yassen Vodenitcharov<\/strong><br \/>\n<strong><em>Appels et chants en trio <\/em><\/strong><em>pour violon, cor et piano<strong> <\/strong><\/em><br \/>\n\u00c0 propos d\u2019une de ses derni\u00e8res \u0153uvres, <em>Feuerwerke<\/em>, Yassen Vodenitcharov pr\u00e9cisait : \u00ab\u00a0Chaque partie instrumentale est consid\u00e9r\u00e9e comme un fil sonore avec une couleur particuli\u00e8re, et le m\u00e9lange de ces diff\u00e9rentes couleurs donne l\u2019image d\u2019un feu d\u2019artifice.\u00a0\u00bb Il y a trois ou quatre si\u00e8cles, les compositeurs adeptes et d\u00e9fenseurs du contrepoint le plus fleuri n\u2019auraient pas parl\u00e9 autrement. De fait, l\u2019\u00e9criture de Yassen Vodenitcharov pr\u00e9serve les acquis de la grande tradition ; elle revendique ces pr\u00e9ceptes musicaux autant qu\u2019humanistes qui pr\u00e9supposent que le tout ne peut sonner si les individualit\u00e9s qui le construisent ne sont pas respect\u00e9es et exalt\u00e9es.<br \/>\nYassen Vodenitcharov est n\u00e9 en 1964 en Bulgarie. Il a fait ses \u00e9tudes au Conservatoire National Sup\u00e9rieur de Musique de Sofia, puis \u00e0 celui de Paris, dans la classe de composition de Paul M\u00e9fano.<br \/>\nYassen Vodenitcharov a \u00e9t\u00e9 remarqu\u00e9 par le comit\u00e9 de lecture 1998-1999.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n<strong>Athanasia Tzanou<\/strong><br \/>\n<strong><em>Triptyque III<\/em><\/strong><em>, pour clarinette, piano, violon, violoncelle et percussion<\/em><br \/>\nAthanasia Tzanou aime les entrelacs qui naissent du contrepoint fleuri (quand les id\u00e9es se retournent en se lovant) ; que la musique dramatique soit amoureuse \u2013 parce qu\u2019elle se souvient de Berg \u2013 ; que l\u2019expressivit\u00e9, toujours, soit pr\u00e9serv\u00e9e. Dans son quatuor qui, \u00e9trangement, se nomme <em>Quintus 1<\/em>. Dans le d\u00e9but de l\u2019<em>Epigramme<\/em> qu\u2019elle d\u00e9die \u00e0 l\u2019alto (doubl\u00e9 d\u2019\u00e9lectronique), on entend une volont\u00e9, toute contraire, d\u2019aller vers le son unique, au travers des modes presque anciens et des r\u00e9sonances qu\u2019on croit sympathiques, pour changer la \u00ab\u00a0gravit\u00e9\u00a0\u00bb naturelle de l\u2019instrument en des aigus scintillants.<br \/>\n<em>Anagramma<\/em> dit qu\u2019il faut r\u00e9introduire le souffle dans la musique, non celui qui perturbe ou qui fait tanguer, mais celui qui mesure et donne la pulsation, celui qui ob\u00e9it au rythme de la respiration, m\u00eame la plus secr\u00e8te. Grecque, Athanasia Tzanou est n\u00e9e en 1971. Elle a \u00e9tudi\u00e9 la composition et l\u2019analyse aupr\u00e8s de Sylvano Bussotti, puis de Franco Donatoni. Elle s\u2019est perfectionn\u00e9e dans des acad\u00e9mies, chez Karlheinz Stockhausen, \u00e0 Royaumont aupr\u00e8s de Brian Ferneyhough, Toshio Hosokawa et Johannes Sch\u00f6llhorn.<br \/>\nAthanasia Tzanou a \u00e9t\u00e9 remarqu\u00e9e par le comit\u00e9 de lecture 2000-2001.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n<strong>Philipp Maintz <\/strong><br \/>\n<strong><em>NAHT (yo no pido a la noche explicaciones)<\/em><\/strong><em>, pour violon et violoncelle <\/em><br \/>\nCr\u00e9ation fran\u00e7aise<br \/>\nN\u00e9 en 1977 \u00e0 Aix-la-Chapelle, Philipp Maintz fut \u00e9l\u00e8ve de Robert HP Platz au Conservatoire de Maastricht. Sa musique est s\u00e9v\u00e8re. Par l\u00e0 j\u2019entends qu\u2019elle traite chaque son avec une grande circonspection (consciente de la \u00ab\u00a0terreur\u00a0\u00bb que le plus petit d\u2019entre eux peut contenir), que les d\u00e9bordements y sont rares (et donc plus \u00e9clatants quand ils viennent \u00e0 s\u2019imposer) ; que la violence qui court tout au long de ses port\u00e9es est n\u00e9cessairement contenue.<br \/>\n<em>Naht<\/em>, pour violon et violoncelle, se situe dans cette perspective. Les partenaires cherchent \u00e0 s\u2019y confondre \u2013 donnant l\u2019illusion qu\u2019ils jouent d\u2019un super-instrument \u00e0 huit cordes ; le temps y semble suspendu comme si l\u2019\u0153uvre, dans sa premi\u00e8re moiti\u00e9, n\u2019\u00e9tait qu\u2019une longue tentative d\u2019accord pr\u00e9alable. Quand violon et violoncelle d\u00e9cident d\u2019\u00eatre virtuoses et volubiles, c\u2019est encore autour de quelques notes qu\u2019on approche \u00e0 peine, comme par pudeur et par crainte de r\u00e9veiller leurs pouvoirs.<br \/>\nPhilipp Maintz a \u00e9t\u00e9 remarqu\u00e9 par le comit\u00e9 de lecture 2000-2001.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n<strong>Ruben Sverre Gjertsen<\/strong><br \/>\n<strong><em>Contradiction<\/em><\/strong><em>, pour violon, clarinette basse et cor <\/em><br \/>\nRuben Sverre Gjertsen, n\u00e9 en 1977, Norv\u00e9gien de naissance, Europ\u00e9en de formation. A \u00e9tudi\u00e9 ainsi avec Jos\u00e9 Evangelista, Brian Ferneyhough, Jean-Luc Herv\u00e9, Klaus Huber, Philippe Hurel, Asbj\u00f8rn Schaatun et Salvatore Sciarrino. Econome des moyens qu\u2019elle met en jeu, presque hi\u00e9ratique, sa musique semble tent\u00e9e par le primitivisme et par l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 de certains coloris : le marron, le gris, l\u2019ocre sombre, la terre de Sienne&#8230;<br \/>\n\u00ab\u00a0Musique pari\u00e9tale\u00a0\u00bb pourrait-on dire, c\u00e9l\u00e9brant le min\u00e9ral autant que l\u2019obscur.<br \/>\nRuben Sverre Gjertsen a \u00e9t\u00e9 remarqu\u00e9 par le comit\u00e9 de lecture 2000-2001.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n<strong>Pierre Jodlowski <\/strong><br \/>\n<strong><em>Figures pour un espace en mouvement<\/em><\/strong><em>, pour violoncelle, percussion, clarinette basse et trombone <\/em><br \/>\nSouvent \u2013 m\u00eame quand elle parcourt des \u00e9tendues calmes o\u00f9 le temps est \u00e9tir\u00e9 et les dynamiques faibles \u2013 la musique de Pierre Jodlowski prononce l\u2019\u00e9loge de l\u2019intranquillit\u00e9. Le recours fr\u00e9quent \u00e0 l\u2019\u00e9lectronique (qu\u2019on n\u2019entendra pas ici) l\u2019explique sans doute, qui permet (ailleurs donc) d\u2019asseoir le discours sur des trames fi\u00e9vreuses autant que v\u00e9loces dont l\u2019\u00e9nergie se communique aux instruments, par sympathie. (Oubli\u00e9e, l\u2019\u00e9lectronique est encore un palimpseste.) La Nature est une source d\u2019inspiration pour le compositeur, non celle qui est le miroir de l\u2019\u00e2me et dont la contemplation fait toucher du doigt l\u2019infini, mais celle, pleine de la cruaut\u00e9 de la vie, o\u00f9 le mouvement na\u00eet du grouillement et de la corruption des \u00eatres. (La Nature, mais aussi les langages humains, surtout quand ils s\u2019enchev\u00eatrent, purs phon\u00e8mes, comme \u00e0 Babel juste apr\u00e8s la confusion.) Souvent, la musique de Pierre Jodlowski est donc pleine de fracas ; jaillissant des lignes d\u2019incidence, s\u2019aveuglant des \u00e9clats du ciel, et cultivant les barbarismes.<br \/>\nPierre Jodlowski a re\u00e7u une commande du comit\u00e9 de l\u2019Ensemble Intercontemporain \u00e0 l\u2019issue des r\u00e9unions du comit\u00e9 de lecture 1998-1999.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\npar <strong>Dominique Druhen<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La cr\u00e9ation se tient dans l\u2019instant. Le plaisir qu\u2019on retire \u00e0 l\u2019audition d\u2019une \u0153uvre nouvelle est fugace, le jugement qu\u2019on porte alors parfois lapidaire. C\u2019est ainsi depuis des si\u00e8cles, et bellement cruel. 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