{"id":4824,"date":"1998-02-15T10:02:22","date_gmt":"1998-02-15T08:02:22","guid":{"rendered":"http:\/\/www.ensembleinter.com\/accents-online\/?p=4824"},"modified":"1998-02-15T10:02:22","modified_gmt":"1998-02-15T08:02:22","slug":"penetrer-au-dela-des-limites-de-la-pensee-stockhausen-1988","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ensembleintercontemporain.com\/fr\/1998\/02\/penetrer-au-dela-des-limites-de-la-pensee-stockhausen-1988\/","title":{"rendered":"&quot;P\u00e9n\u00e9trer au-del\u00e0 des limites de la pens\u00e9e&quot; (Stockhausen, 1988)"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"font-size: large;\"><a href=\"http:\/\/www.ensembleinter.com\/accents-online\/wp-content\/uploads\/1998\/02\/Stockhausen.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-8603\" alt=\"Karlheinz Stockhausen\" src=\"http:\/\/www.ensembleinter.com\/accents-online\/wp-content\/uploads\/1998\/02\/Stockhausen.jpg\" width=\"492\" height=\"314\" srcset=\"https:\/\/www.ensembleintercontemporain.com\/content\/uploads\/1998\/02\/Stockhausen.jpg 492w, https:\/\/www.ensembleintercontemporain.com\/content\/uploads\/1998\/02\/Stockhausen-300x191.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 492px) 100vw, 492px\" \/><\/a><\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: large;\">L<\/span>a premi\u00e8re question que nous pose l&rsquo;\u0153uvre entier de Stockhausen est certainement celle de sa coh\u00e9rence esth\u00e9tique ; peut-on parler d&rsquo;une directionnalit\u00e9 de la trajectoire ayant conduit de la rigueur tendue des premi\u00e8res pi\u00e8ces \u00e0 la souplesse contemplative de celles qui continuent actuellement de s&rsquo;accumuler dans le gigantesque travail sur l&rsquo;op\u00e9ra <em>Licht<\/em>? Peut-on percevoir l&rsquo;homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des pr\u00e9occupations stylistiques et th\u00e9oriques, entre ses grands textes des ann\u00e9es 50-60 et les analyses actuelles de ses propres \u0153uvres, faisant large place aux consid\u00e9rations psychologiques irrigu\u00e9es par un indiscutable mysticisme?<br \/>\nIncontestablement, la c\u00e9sure est claire entre hier et aujourd&rsquo;hui : le discours th\u00e9orique, extr\u00eamement pouss\u00e9, sur la qu\u00eate des crit\u00e8res objectifs de composition, la situation du m\u00e9tier, la gen\u00e8se raisonn\u00e9e de la musique \u00e9lectronique d&rsquo;une part, sur l&rsquo;h\u00e9ritage imm\u00e9diat et les cons\u00e9quences potentielles quant \u00e0 l&rsquo;\u00e9laboration d\u2019un style individuel d&rsquo;autre part, a fait progressivement place \u00e0 une interrogation plus subjective sur les relations entre \u00e9crit et per\u00e7u, et sur les perspectives spirituelles du progr\u00e8s r\u00e9alisable en technique instrumentale. Le compositeur a d&rsquo;ailleurs reconnu lui-m\u00eame que les pol\u00e9miques n\u00e9es \u00e0 partir de ses textes les plus approfondis l&rsquo;avaient conduit \u00e0 relativiser sa sp\u00e9culation \u2013 du moins sur le plan de l&rsquo;\u00e9crit th\u00e9orique \u2013 pour s&rsquo;investir quasi exclusivement dans des \u0153uvres de plus en plus amples et de plus en plus bas\u00e9es sur des textes (po\u00e9tiques ou narratifs).<br \/>\nIl n&rsquo;en reste pas moins que la nature m\u00eame du rapport a l&rsquo;invention est exactement la m\u00eame que celle de Boulez dans les ann\u00e9es 1950-1963. Mais tandis que Boulez choisira ensuite de faire intervenir ses propres acquisitions (domaine du geste instrumental, exp\u00e9rience de la transmission du savoir et de la connaissance collective) dans sa propre \u00e9volution compositionnelle, Stockhausen op\u00e9rera une mutation radicale dans son champ intellectuel, fortement d\u00e9termin\u00e9e par le renversement progressif de la sp\u00e9culation au profit d&rsquo;une attitude de plus en plus mystique, v\u00e9cue sur le mode de l&rsquo;introspection (musiques intuitives 1965-1968) puis sur celui d&rsquo;un certain messianisme engag\u00e9 avec <em>Sirius<\/em> (1974-1977) et d\u00e9terminant tout le projet de <em>Licht<\/em> (depuis 1977).<br \/>\nAinsi, les avanc\u00e9es \u00ab aux limites du pays fertile \u00bb, communes \u00e0 toute une g\u00e9n\u00e9ration sont-elles, sinon reni\u00e9es, du moins totalement d\u00e9pass\u00e9es jusqu&rsquo;\u00e0 une d\u00e9marcation totale de Stockhausen \u00e0 la fois de ses anciens compagnons et de tout un pan du public et de musiciens ayant adh\u00e9r\u00e9 sans r\u00e9serve \u00e0 sa musique d\u00e8s les d\u00e9buts. Le compositeur l\u00e9gitime inlassablement cette d\u00e9rive au-del\u00e0 du rationnel par l&rsquo;argument selon lequel il n&rsquo;y a pas de diff\u00e9rence de nature entre les deux mondes : \u00ab l&rsquo;\u00e9sot\u00e9risme prendra d&rsquo;autant plus de place que le savoir et la science seront capables de rendre l&rsquo;homme conscient de ce qu&rsquo;il per\u00e7oit (\u00ab Plus on approfondit son savoir, plus on se rend compte de ce qu&rsquo;on ne peut absolument pas expliciter \u00bb (entretien \u00e0 <em>Die Welt<\/em>, 1987).<br \/>\nEn d\u00e9finitive, la th\u00e9\u00e2tralisation, la mise en gestique de pri\u00e8re de la musique (<em>Inori<\/em>, 1974), l&rsquo;absorption, dans la grande forme ins\u00e9cable et la dur\u00e9e perp\u00e9tuellement allong\u00e9e, des forces dynamiques, dialectiques, de l&rsquo;ancienne \u00e9criture ne peut pas \u00eatre ressentie autrement que comme une volteface spectaculaire ; d\u00e8s lors, l&rsquo;\u00e9poque exacte de cette bifurcation n&rsquo;est plus qu&rsquo;une question d&rsquo;appr\u00e9ciation : 1968 (d\u00e9but des musiques m\u00e9lodiques), 1977 (<em>Sirius<\/em> et <em>Licht<\/em>) ou plus t\u00f4t encore (1963 avec le th\u00e9\u00e2tre musical de <em>Momente<\/em>)&#8230;<br \/>\nCependant, admettre comme radicale et d\u00e9finitive une telle coupure ne va pas de soi. Elle suppose entre autres que l&rsquo;\u00e9criture forg\u00e9e apr\u00e8s Webern ait perdu et sa raison d&rsquo;\u00eatre et son efficience, ce qui est naturellement faux : chaque page de <em>Licht<\/em> ou de <em>Sirius<\/em> manifeste dans le moindre d\u00e9tail la ma\u00eetrise du rapport entre le tout et les parties, et de l&rsquo;articulation entre \u00e9criture motivique et enveloppe acoustique, m\u00eame si divers \u00e9v\u00e9nements sonores h\u00e9t\u00e9ronomes semblent menacer la coh\u00e9rence globale.<br \/>\nL&rsquo;autre t\u00e9moignage intangible de la profonde continuit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9volution est la pr\u00e9sence d&rsquo;un profond sens du religieux d\u00e8s les toutes premi\u00e8res \u0153uvres ; bien avant les d\u00e9bordements de la pens\u00e9e \u00e9sot\u00e9rique d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, des musiques aussi \u00e9loign\u00e9es en apparence de toute religiosit\u00e9 que <em>Gruppen<\/em> (1956) portaient \u2013 comme chez Haydn \u2013 la mention <em>Deo Gratias<\/em> \u00e0 la derni\u00e8re mesure, tandis que la jubilation teint\u00e9e d&rsquo;un catholicisme aussi fort que celui de Messiaen \u00e9mergeait du <em>Gesang der J\u00fcnglinge<\/em> de la m\u00eame \u00e9poque, et plus tard de la III<sup>e<\/sup> r\u00e9gion de <em>Hymnen<\/em> (1967), \u0153uvre <em>a priori<\/em> d\u00e9nu\u00e9e de tout programme religieux. Ce sont essentiellement l&rsquo;extr\u00eame objectivit\u00e9 du support th\u00e9orique accompagnant l&rsquo;\u0153uvre et la rectitude avec laquelle \u00e9tait manipul\u00e9 le mat\u00e9riau qui laissaient au second plan le pr\u00e9suppos\u00e9 religieux dont, au fond, chaque musique se voulait implicitement le relais.<br \/>\nLa seconde question d\u00e9rive de la pr\u00e9c\u00e9dente : la compr\u00e9hension de la musique actuelle de Stockhausen n\u00e9cessite-t-elle que soient impliqu\u00e9s technique pure et message spirituel ? Dans l&rsquo;affirmative, la compr\u00e9hension devient adh\u00e9sion pure et simple, opacifiant l&rsquo;appr\u00e9hension objective par des consid\u00e9rations \u00e9chappant au champ de la raison ; les deux dimensions d\u00e9li\u00e9es, on se retrouve devant le cas d&rsquo;une musique porteuse d&rsquo;un sens irr\u00e9ductiblement personnel, mais dont chaque page peut se laisser saisir pour ce qu&rsquo;elle doit \u00eatre avant tout : ma\u00eetrise de l&rsquo;\u00e9criture et du mat\u00e9riau, ampleur de l&rsquo;extension des choix esth\u00e9tiques objectifs, puissance et po\u00e9sie de moments privil\u00e9gi\u00e9s (en particulier dans <em>Jeudi<\/em> et <em>Samedi<\/em>) peuvent \u00eatre capt\u00e9s sans arri\u00e8re-pens\u00e9e. La compr\u00e9hension approfondie des <em>Passions<\/em> de J.S.Bach n&rsquo;exige nullement quelque croyance religieuse que ce soit&#8230;<br \/>\nVouloir comprendre ainsi la musique de Stockhausen signifie ignorer d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment la volont\u00e9 du compositeur, pour qui musique, geste, lumi\u00e8re, paroles, mots magiques, phon\u00e8mes rel\u00e8vent d&rsquo;une ins\u00e9cable unit\u00e9 de conception. Mais c&rsquo;est aussi d\u00e9gager quelques choix fondateurs de toute une esth\u00e9tique qui peuvent se laisser regrouper en trois domaines. Cerner d&rsquo;abord les dimensions de l&rsquo;univers spirituel dans lequel s&rsquo;inscrit toute l&rsquo;\u0153uvre depuis 45 ans, semble le meilleur pr\u00e9alable pour saisir la port\u00e9e des trois incidences les plus marquantes de sa r\u00e9flexion th\u00e9orique : la m\u00e9tamorphose de la pens\u00e9e s\u00e9rielle, l&rsquo;unit\u00e9 du temps musical et la m\u00e9ditation sur la symbiose po\u00e9tique des diff\u00e9rents agencements formels r\u00e9alis\u00e9s depuis les premi\u00e8res ann\u00e9es.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n<strong>Dimensions spirituelles<\/strong><\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">\u00ab <em>J&rsquo;en suis intimement persuad\u00e9, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9 sur Sirius, je viens de Sirius mais les gens rient habituellement et ne comprennent pas<\/em> \u00bb&#8230; (\u00e0 Jill Purce, ao\u00fbt 1978).<\/p>\n<p>Il est plut\u00f4t d\u00e9licat de relativiser cette conviction pour ne juger l&rsquo;univers spirituel dans lequel \u00e9volue Stockhausen que sous l&rsquo;angle de pures d\u00e9clarations intellectuelles qui accompagneraient en la justifiant, toute son \u00e9volution cr\u00e9atrice sans la contr\u00f4ler en profondeur.<br \/>\nEn 1978, le compositeur vient pourtant d&rsquo;achever l&rsquo;\u0153uvre la plus embl\u00e9matique de sa derni\u00e8re mutation, <em>Sirius<\/em>, o\u00f9 appara\u00eet pour la premi\u00e8re fois une r\u00e9elle formalisation de ses pr\u00e9occupations les plus enfouies jusqu&rsquo;alors. \u00ab Le langage parl\u00e9 ordinaire, avec ses hauteurs et dynamiques sans amplitude, son rythme relativement d\u00e9termin\u00e9, n&rsquo;est qu&rsquo;une transition vers un langage sup\u00e9rieur \u00bb que seule la musique est appel\u00e9e \u00e0 incarner dans \u00ab un langage universel que l&rsquo;humanit\u00e9 ne pourra parler que le jour o\u00f9 elle sera plus \u00e9volu\u00e9e \u00bb. (m\u00eame entretien)<br \/>\nTrois dimensions s&rsquo;imposent ainsi d&#8217;embl\u00e9e : la conviction que la musique \u2013 et tout sp\u00e9cialement sa pratique \u2013 constitue le chemin unique vers une r\u00e9elle perfection individuelle, que cette perfection individuelle ne peut pas \u00eatre sans se fondre dans une r\u00e9volution universelle, et enfin que les m\u00e9tamorphoses n\u00e9cessaires \u00e0 cette \u00e9volution supposent une perp\u00e9tuation absolue de l&rsquo;existence sur terre \u2013 en particulier sur le plan individuel.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n<strong>De la s\u00e9rie a la \u00ab formule \u00bb<\/strong><br \/>\nEn 1970, Stockhausen op\u00e8re un retour \u00e0 la musique \u00e9crite (apr\u00e8s les ann\u00e9es de \u00ab musiques intuitives \u00bb) avec une \u0153uvre, <em>Mantra<\/em>, bas\u00e9e non plus sur une s\u00e9rie (ou un r\u00e9seau s\u00e9riel) mais sur ce qu&rsquo;il appelle une \u00ab formule \u00bb : treize sons (le dernier \u00e9tant le m\u00eame que le premier) y sont agenc\u00e9s comme des micro-organismes autonomes (hauteur + profil dynamique + attaque + couleur etc.) qui seront exploit\u00e9s comme autant de potentialit\u00e9s pour des extensions ult\u00e9rieures, \u00e0 l&rsquo;image des \u00ab dialectes \u00bb \u00e9voqu\u00e9s plus haut.<br \/>\nSubstantiellement, la pens\u00e9e discursive reste indiscutablement de type s\u00e9riel, par la permanence de la d\u00e9duction de l&rsquo;ensemble \u00e0 partir des propri\u00e9t\u00e9s de la structure de base, mais elle int\u00e8gre un r\u00e9el d\u00e9ploiement du m\u00e9lodique, facteur totalement refoul\u00e9 jadis et fortement r\u00e9activ\u00e9 d\u00e9s 1968 (<em>Tierkreis<\/em>). Le passage de la pens\u00e9e s\u00e9rielle \u00e0 la composition sur formules n&rsquo;est pas plus une volteface que l&rsquo;expansion spectaculaire de la composante m\u00e9lodique, les deux mutations proc\u00e9dant de la m\u00eame transfiguration des moyens par un id\u00e9al constant, celui de la m\u00e9thode s\u00e9rielle pens\u00e9e comme une v\u00e9ritable \u00ab attitude de l&rsquo;esprit \u00bb (l&rsquo;expression remonte \u00e0 1957).<br \/>\nD&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, en effet, le s\u00e9rialisme est model\u00e9 d\u00e8s les ann\u00e9es 50 par une tendance personnelle \u00e0 contrer la neutralit\u00e9 qu&rsquo;engendre la technique stricte, manifest\u00e9e dans les suspensions prolong\u00e9es de l&rsquo;\u00e9nonc\u00e9, les r\u00e9p\u00e9titions de s\u00e9quences ou de cellules, les polarit\u00e9s fortes, etc. ; de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9, les insertions m\u00e9lodiques apparaissent d\u00e8s les toutes premi\u00e8res \u0153uvres comme au milieu de <em>Kreuzspiel<\/em> (1951) o\u00f9, entre deux \u00e9pisodes dat\u00e9s par leur style, \u00e9merge une m\u00e9lodie \u00e9voquant ce que sera la formule de <em>In Freundschaft<\/em>. Cela dit, dans les deux cas, la d\u00e9clinaison du \u00abdouze\u00bb reste le seul crit\u00e8re de comportement : \u00ab <em>J&#8217;emploie un certain nombre d\u2019\u00e9l\u00e9ments distincts, \u00e9gaux entre eux, et les emploie tous sans en privil\u00e9gier un seul. C&rsquo;est une attitude spirituelle et d\u00e9mocratique vis-\u00e0-vis du monde.<\/em> \u00bb En particulier, la construction des formules de base de grandes \u0153uvres comme <em>Mantra<\/em> ou <em>In Freundschaft<\/em> s&rsquo;appuie syst\u00e9matiquement sur les proc\u00e9d\u00e9s fr\u00e9quents chez Webern, comme le miroir ou la r\u00e9trogradation, par lesquels chaque membre d&rsquo;une formule est organiquement d\u00e9riv\u00e9 d&rsquo;un autre.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n<strong>L&rsquo;unit\u00e9 du temps musical<\/strong><br \/>\nLe texte portant ce titre, paru en 1961, est une des avanc\u00e9es les plus significatives dans la r\u00e9flexion du compositeur, et une base intangible de la l\u00e9gitimit\u00e9 de toutes les prospectives men\u00e9es depuis cette ann\u00e9e. Le fondement en est la conception unitaire du temps comme espace unique de fr\u00e9quences allant des plus rapides (hauteurs) aux plus lentes (rythmes) et, par extension, aux infiniment lentes (de l&rsquo;ordre de la minute au quart d&rsquo;heure) d\u00e9finissant le champ de la phrase musicale et, au-del\u00e0, de la forme. Un des gestes les plus spectaculaires ayant montr\u00e9 la port\u00e9e de cette hypoth\u00e8se est certainement dans les trois minutes de l&rsquo;\u0153uvre <em>Kontakte<\/em>, pendant lesquelles un son \u00e9lectronique perd progressivement sa hauteur pour devenir un rythme, puis une suite d&rsquo;impulsions devenant timbre avant que la hauteur ne reprenne le relais (au piano). La corr\u00e9lation entre manipulation des rapports temporels et m\u00e9tamorphoses d&rsquo;un objet musical donn\u00e9 a rapidement conduit au principe de distribution entre son principal et enveloppe, dont l&rsquo;extension r\u00e9git toute la pens\u00e9e formelle depuis trente ans ; l&rsquo;organisation satellitaire de l&rsquo;\u0153uvre enti\u00e8re de <em>Mantra<\/em>, par exemple, est con\u00e7ue comme \u00ab une miniature musicale de la macrostructure homog\u00e8ne du cosmos, et [qu&rsquo;] elle est, de la m\u00eame fa\u00e7on, l&rsquo;agrandissement dans le domaine du temps de la microstructure homog\u00e8ne de l&rsquo;oscillation harmonique dans le son lui-m\u00eame \u00bb.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n<strong>Agencements formels<\/strong><br \/>\nDe <em>Kontakte<\/em> \u00e0 <em>Licht<\/em>, la question de la forme n&rsquo;a cess\u00e9 de se subordonner aux positions m\u00e9taphysiques qu&rsquo;on a \u00e9voqu\u00e9es plus haut, et au moins trois agencements apparaissent significatifs de cette corr\u00e9lation : le principe du cycle, celui de forme momentan\u00e9e et celui de la spirale.<br \/>\nTechniquement, la question du cycle avait d\u00e9j\u00e0, d\u00e8s 1956, manifest\u00e9 cette tendance au d\u00e9ni de toute fin, non par appr\u00e9hension de l&rsquo;avenir, mais au contraire, parce que toute existence n&rsquo;est que passage vers une autre ; Stockhausen n&rsquo;a ainsi jamais accept\u00e9 le fait de revenir sur une \u0153uvre publi\u00e9e, pressentant dans cette perp\u00e9tuation de l&rsquo;ind\u00e9cision et de l&rsquo;inqui\u00e9tude, une trace n\u00e9gative du d\u00e9ni romantique de la mort. Ainsi, <em>Zyklus<\/em> (1956) pour percussions est une \u0153uvre \u00ab ouverte \u00bb au sens o\u00f9 l&rsquo;entendit l&rsquo;esth\u00e9tique du m\u00eame nom a la fin des ann\u00e9es cinquante, mais elle reste avant tout un t\u00e9moignage de la croyance absolue dans le recommencement de toute chose, et sur ce point, le projet de <em>Licht<\/em> r\u00e9affirme exactement la m\u00eame conviction de fa\u00e7on \u00e9videmment plus th\u00e9\u00e2trale.<br \/>\nLe fait de d\u00e9lier un parcours formel quelconque de toute causalit\u00e9 unique entre les \u00e9v\u00e9nements repose sur une prise de position esth\u00e9tique \u00e9galement ancienne, remontant \u00e0 un autre grand texte des ann\u00e9es 60, <em>Momentform<\/em>, o\u00f9 se formalise clairement ce qui <em>a priori<\/em> pourrait n&rsquo;\u00eatre qu&rsquo;une axiomatique religieuse. Le point de d\u00e9part r\u00e9side dans le fait que selon Stockhausen \u00ab l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 ne commence pas \u00e0 la fin du temps, mais [qu&rsquo;] on peut l&rsquo;atteindre \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de chaque moment \u00bb. Un moment est ainsi d\u00e9fini \u2013 de mani\u00e8re essentiellement qualitative \u2013 comme une unit\u00e9 formelle caract\u00e9ris\u00e9e par un profil sonore sp\u00e9cifique. L&rsquo;\u0153uvre constitu\u00e9e dans la dur\u00e9e r\u00e9sulterait ainsi, \u00e0 premi\u00e8re vue, d&rsquo;une addition pure et simple de moments distincts, mais la syntaxe profond\u00e9ment marqu\u00e9e par la distribution entre \u00e9v\u00e9nements principaux et \u00e9v\u00e9nements satellites garantit la coh\u00e9rence par la r\u00e9partition entre moment partiel (d\u00e9fini par un type de propri\u00e9t\u00e9s sonores) et groupe de moments (r\u00e9unissant plusieurs moments partiels ayant des propri\u00e9t\u00e9s voisines et d\u00e9riv\u00e9es). Pens\u00e9e de cette fa\u00e7on, l&rsquo;\u0153uvre peut l\u00e9gitimement n&rsquo;admettre aucune fin r\u00e9elle, si ce n&rsquo;est la contingence ext\u00e9rieure (d\u00e9lai de commande, par exemple, \u00ab provoquant \u00bb litt\u00e9ralement une fin comme dans le cas de <em>Kontakte<\/em>).<br \/>\nEnfin, le principe de la spirale, facteur d&rsquo;unit\u00e9 le plus parfait et symbole absolu d&rsquo;\u00e9l\u00e9vation mentale, reste au c\u0153ur de la pens\u00e9e. Si les sons tournants par lesquels cesse <em>Kontakte<\/em> n&rsquo;ont rien \u00e0 voir, sur le plan programmatique, avec ceux qui accompagnent l&rsquo;\u00e9loignement des enfants dans <em>Evas Zauber<\/em> (extrait de <em>Lundi<\/em>, 1986), ni avec ceux des astronefs repartant \u00e0 la fin de <em>Sirius<\/em>, tous ont en commun le rapport qu&rsquo;ils instituent entre la forme et le temps. L&rsquo;id\u00e9e de perp\u00e9tuation de la musique au-del\u00e0 de ce qui n&rsquo;est qu&rsquo;une fin apparente est devenue un \u00e9l\u00e9ment constitutif du style.<br \/>\nPermanence d&rsquo;un profond id\u00e9al religieux (ancr\u00e9 d\u00e8s les premi\u00e8res \u0153uvres), incidences multiples de la nature dans les figuralismes (bruits enregistr\u00e9s et int\u00e9gr\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre) comme dans la formalisation (omnipr\u00e9sence du nombre d&rsquo;or), conviction qu&rsquo;une pens\u00e9e universelle peut \u00eatre r\u00e9alis\u00e9e par et dans la musique : tous les ingr\u00e9dients sont r\u00e9unis pour fonder une mystique \u2013 inexportable dans le domaine de la raison pure \u2013 articul\u00e9e enti\u00e8rement autour de la pr\u00e9sence indiscut\u00e9e d&rsquo;un Grand Tout.<br \/>\nApr\u00e8s Kleist, Novalis, Hoffmansthal jusqu&rsquo;\u00e0 B.A. Zimmermann, la l\u00e9gitimit\u00e9 du mysticisme s&rsquo;est cherch\u00e9e \u00e0 la fois dans l&rsquo;argumentation technique et dans la finalit\u00e9 de l&rsquo;\u0153uvre ; mais l\u00e0 o\u00f9 bien des contradictions entre le style et l&rsquo;id\u00e9e ont pu surgir, la permanence de l&rsquo;id\u00e9e dans les styles (apparus dans les diff\u00e9rentes d\u00e9cennies de la trajectoire) r\u00e9sout d&rsquo;avance toute contradiction. Bien des pages de <em>Licht<\/em> peuvent en effet ne rencontrer qu&rsquo;une incompr\u00e9hension g\u00ean\u00e9e (ce dont Stockhausen est tout \u00e0 fait conscient) mais toutes s&rsquo;inscrivent dans ce projet spirituel qui, par certains points, relaie Nietzsche et surtout Wagner, pour qui \u00ab l\u00e0 o\u00f9 la religion se fait artistique (&#8230;) c&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;art de sauver l&rsquo;essence de la religion \u00bb. Les louanges de St-Fran\u00e7ois chant\u00e9es par les treize moines dans la derni\u00e8re sc\u00e8ne de Samedi (1984) nous rappellent les vertus cardinales sur un ton musical quasi m\u00e9di\u00e9val : on pourrait sans r\u00e9serve y voir aussi l&rsquo;\u00e9loge de la simplicit\u00e9, cette \u00ab promesse de barbarie\u00bb que redoutait Lyotard&#8230; Mais Stockhausen d\u00e9ploie toute son \u00e9nergie pour nous faire admettre, apr\u00e8s Schlegel, que \u00abl&rsquo;art relaiera la philosophie dans la mesure o\u00f9 l&rsquo;intuition esth\u00e9tique est l&rsquo;acte supr\u00eame de la raison \u00bb. Toute la symbolique du h\u00e9ros Michael est dans ce programme, m\u00eame si l&rsquo;art peut parfois \u00eatre guette par ce qu&rsquo;Habermas a nomm\u00e9 \u00ab l&rsquo;autre de la raison \u00bb, et dont certaines pages de Licht ne sont pas tr\u00e8s loin quelquefois&#8230;<br \/>\nLe doute ne peut \u00eatre balay\u00e9 que par l&rsquo;objectivit\u00e9 qui \u00e9vacue le programme mystique (latent ou explicite) pour enfin v\u00e9rifier qu&rsquo;il n&rsquo;y a, comme le voyait Adorno dans <em>Mo\u00efse<\/em> et <em>Aaron<\/em> de Schoenberg \u00ab aucune note que la composition ne soit pas capable de remplir elle-m\u00eame par la m\u00e9diation du sujet \u00bb et [que] seule la confiance absolue dans l&rsquo;autonomie esth\u00e9tique de l&rsquo;\u0153uvre lui permet d&rsquo;obtenir ce qu&rsquo;elle se refuse \u00e0 usurper \u00bb.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8211;<br \/>\npar Fran\u00e7ois Decarsin, musicologue, Universit\u00e9 d&rsquo;Aix-Marseille<br \/>\nExtrait d&rsquo;Accents n\u00b04 &#8211; f\u00e9vrier-avril 1998<br \/>\nPhoto (c) Philippe Gontier<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La premi\u00e8re question que nous pose l&rsquo;\u0153uvre entier de Stockhausen est certainement celle de sa coh\u00e9rence esth\u00e9tique ; peut-on parler d&rsquo;une directionnalit\u00e9 de la trajectoire ayant conduit de la rigueur tendue des premi\u00e8res pi\u00e8ces \u00e0 la souplesse contemplative de celles qui continuent actuellement de s&rsquo;accumuler dans le gigantesque travail sur l&rsquo;op\u00e9ra <em>Licht<\/em>? Peut-on percevoir l&rsquo;homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des pr\u00e9occupations stylistiques et th\u00e9oriques, entre ses grands textes des ann\u00e9es 50-60 et les analyses actuelles de ses propres \u0153uvres, faisant large place aux consid\u00e9rations psychologiques irrigu\u00e9es par un indiscutable mysticisme?<\/p>\n","protected":false},"author":69,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[10],"tags":[71,72],"class_list":["post-4824","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-grand-angle","tag-accents-n4","tag-karlheinz-stockhausen","concert-gruppen"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.6 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>&quot;P\u00e9n\u00e9trer au-del\u00e0 des limites de la pens\u00e9e&quot; (Stockhausen, 1988) - Ensemble intercontemporain<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.ensembleintercontemporain.com\/fr\/1998\/02\/penetrer-au-dela-des-limites-de-la-pensee-stockhausen-1988\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"&quot;P\u00e9n\u00e9trer au-del\u00e0 des limites de la pens\u00e9e&quot; (Stockhausen, 1988) - Ensemble intercontemporain\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"La premi\u00e8re question que nous pose l&#039;\u0153uvre entier de Stockhausen est certainement celle de sa coh\u00e9rence esth\u00e9tique ; peut-on parler d&#039;une directionnalit\u00e9 de la trajectoire ayant conduit de la rigueur tendue des premi\u00e8res pi\u00e8ces \u00e0 la souplesse contemplative de celles qui continuent actuellement de s&#039;accumuler dans le gigantesque travail sur l&#039;op\u00e9ra Licht? 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