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Polina Lebedieva : « Je découvre de nouveaux univers sonores au contact de musiciens exceptionnels. »

Portrait By Jéremie Szpirglas, le 30/06/2026


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ien ne prédestinait Polina Lebedieva à faire de la musique contemporaine le cœur de son quotidien. Pourtant, à 25 ans, la jeune cheffe ukrainienne a récemment rejoint l’Ensemble intercontemporain comme cheffe assistante auprès de Pierre Bleuse avec l’envie d’apprendre, d’explorer et de se confronter aux défis de la création. Portrait.

C’est au piano que la jeune Polina Lebedieva fait ses premiers pas de musicienne. Née à Kiev (Ukraine) en 2001, elle n’est pas issue d’une famille de musiciens mais les rencontres et expériences de concert qu’elle cumule au fil de ses études lui permettent d’acquérir des bases solides pour tracer son chemin avec détermination. C’est ainsi qu’en 2016 elle intègre l’Académie Municipale de Musique de Kiev, avec déjà l’envie de diriger. Elle ne manque pas d’ambition, co-fondant et dirigeant une série de concerts choraux caritatifs pour la Fondation ukrainienne Place under the Sun – You Are Not Alone entre 2019 et 2022.

En 2022, justement, elle est sous le feu des projecteurs lorsqu’elle ouvre le BachFest de Leipzig, à la tête de l’Orchestre Symphonique de jeunes d’Ukraine. En décembre de cette même année, alors qu’elle n’a que 21 ans, une rencontre s’avère déterminante : Riccardo Muti la remarque parmi plus de 300 candidats pour faire partie des cinq participants actifs de sa fameuse Académie d’opéra italien. Elle est la plus jeune, tout comme lorsqu’elle participe au Concours de direction Gustav Mahler organisé par l’Orchestre Symphonique de Bamberg l’année suivante, terminant son remarquable parcours en demi-finale.

Rien ne semble la destiner à diriger des musiques de création : « En Ukraine, la tradition de la musique contemporaine est relativement peu développée », rappelle-t-elle. C’est en s’installant à Paris, il y a quatre ans, qu’elle découvre véritablement ce répertoire. Entrée dans la classe de direction d’Alain Altinoglu au Conservatoire de Paris, elle se familiarise au fil de ses rencontres avec des compositeurs et des ensembles spécialisés. « J’ai été fascinée par la richesse de cette musique, qui exige une grande curiosité et nous pousse constamment à renouveler notre écoute. Plus largement, je crois que la musique contemporaine nous permet d’entrer en dialogue avec notre époque : elle exprime notre sensibilité actuelle, nos questionnements et notre manière d’entendre le monde. » Elle apprécie d’emblée le défi que représente cette musique pour la direction d’orchestre : « J’essaie avant tout de comprendre l’univers propre de chaque œuvre, d’en révéler la logique interne, la dramaturgie, l’énergie et les couleurs. Mon objectif est de donner vie à la partition et de créer une véritable expérience musicale, aussi bien pour les interprètes que pour le public. »

Fin 2025, elle reçoit une invitation de l’Ensemble intercontemporain pour le poste de cheffe assistante. « J’ai été à la fois surprise et très honorée de l’invitation, car je n’avais alors qu’une expérience relativement récente du répertoire contemporain. C’est une opportunité exceptionnelle, dans laquelle je veux m’investir pleinement et qui représente une étape essentielle de mon développement artistique. J’ai la conviction que ce parcours singulier me donnera, à l’avenir, la liberté d’aborder des projets variés et stimulants, sans limite de répertoire ni appréhension face à l’inconnu. » En poste depuis janvier, chaque programme est pour elle une découverte qui lui ouvre un horizon différent, renouvelant constamment son regard sur la pratique musicale. Elle a très vite l’occasion de travailler en étroite collaboration avec des compositeurs et de diriger des créations : « Ce processus, profondément inspirant, m’a ouvert à une autre manière de concevoir l’interprétation », dit-elle.

Le 30 mai 2026, Polina dirige l’opéra-documentaire Où irais-tu, de Nigel Osborne (photo ci-dessus), élaboré avec des familles réfugiées installées en région parisienne : « Cela a constitué une expérience particulièrement forte et totalement à part, puisque le travail de création était partagé entre musiciens professionnels et participants, dont certains montaient pour la première fois sur scène pour raconter leurs histoires. » Plus récemment, elle rejoint même l’Ensemble sur scène, sous la direction de Pierre Bleuse, pour interpréter une partie d’électronique dans une œuvre du programme !
« La collaboration avec Pierre Bleuse est très inspirante. J’admire sa précision, son énergie et sa clarté dans la transmission de sa vision musicale. Observer sa manière de structurer les répétitions, d’interagir avec les musiciens et de trouver un équilibre entre exigence et spontanéité constitue un apprentissage précieux. Son ouverture d’esprit et sa curiosité rendent également ce travail stimulant. »

Le poste de cheffe assistante se distingue aussi par la proximité qu’elle suppose avec les musiciens. Il ne s’agit pas seulement d’assister un chef, mais de s’impliquer pleinement dans la préparation artistique et la vie quotidienne de l’ensemble. À cet égard, travailler avec les solistes est pour Polina Lebedieva une source d’inspiration inlassablement renouvelée : « Leur niveau d’engagement et la relation profonde qu’ils entretiennent avec les œuvres m’impressionnent. Observer leur préparation, leur conception de la forme musicale ou leur manière de surmonter les difficultés techniques est extrêmement enrichissant. Ces échanges nourrissent ma réflexion et m’aident à développer une approche toujours plus fine du dialogue entre chef et soliste. »

« Ce qui me passionne le plus », dit la jeune femme en guise de conclusion, « c’est précisément cette possibilité de découvrir constamment de nouveaux univers sonores et de continuer à grandir artistiquement au contact de musiciens exceptionnels. »

Photos (de haut en bas) : 1 et 3 © Anne-Elise Grosbois / 2 © International Conducting Competition Rotterdam – Askonas Holt