À mi-chemin entre la Baie de Somme et Montreuil-sur-Mer, au cœur de la Côte d’Opale, le village de Tigny-Noyelle et sa région accueillent depuis vingt printemps Musica Nigella, événement à la programmation délibérément éclectique. Sous l’impulsion du compositeur et chef d’orchestre Takénori, le festival accueille indistinctement des concerts de musique ancienne comme de création, dans une multiplicité de formats pluridisciplinaires.
C’est dans ce cadre verdoyant que trois solistes de l’EIC font escale le temps d’un dimanche, pour un programme solo et chambriste, à l’intersection des thèmes aventureux du festival et des préoccupations de l’Ensemble, c’est-à-dire tout en contrastes, entre intériorité et visions sonores élargies. Écrit dans le sillage de la conquête de la Lune, le trio Ascencus de Klaus Huber pourrait s’entendre comme une vanité à l’heure de la conquête spatiale. C’est une autre Terra Incognita qui inspire l’Américain George Crumb : celle des baleines à bosse, dont le compositeur entend un enregistrement à la fin des années 1960, donnant naissance à Vox Balenae, théâtre sonore énigmatique où les interprètes, masqués, donnent vie à un paysage aquatique hors du temps.
Entre les deux, les Sept papillons sont autant de miniatures aussi urgentes qu’éphémères et intimistes, composée par Kaija Saariaho dans le sillage de son opéra L’amour de loin, quand son Dolce tormento s’inspire d’un sonnet de Pétrarque, explorant le contraste entre les notes pures et claires du piccolo, et les textures fragiles du registre plus grave. Dans ses Trois Miniatures pour flûtes, Michael Jarrell joue avec les effets de seuil : seuil du murmure, seuil des multiphoniques, seuil de la volubilité. Considéré par Cage comme le « sésame de la nouvelle musique en Amérique ». Henry Cowell est le premier à avoir véritablement expérimenté le piano préparé.
Cast
-
Emmanuelle Ophèle flûte
Hidéki Nagano piano
Renaud Dejardin violoncelle